MARTYR
TRAGÉDIE CHRÉTIENNE j6i0.
A LA H Kl NE hKOENTR
Madame^
Quelque connaissance que j'aie de ma fail)lesse, quelque profond respect qu'imprime Votre Majesté dans les Ames de ceux qui l'approchent, j'avoue que je me jette à ses pieds sans timidité, sans défiance, et que je me tiens assuré de lui plaire, parce que je suis assuré de lui parler de ce qu'elle aime le mieux. Ce n'est qu'une pièce de théâtre que je lui présente, mais qui l'entretiendra de Dieu : la dignité de la matière est si haute, que l'impuissance de l'artisan ne la peut ravaler; et votre âme royale se plait trop à cette sorte d'entretien pour s'offenser des défauts d'un ouvrage où elle rencontrera les délices de son cœur. C'est par là, Madame, que j'espère obtenir de Votre Majesté le pardon du longtemps que j'ai attendu à lui rendre cette sorte d'hommage. Toutes les fois que j'ai mis sur notre scène des vertus morales ou politiques, j'en ai toujours cru les tableaux trop peu dignes de paraître devant elle , quand j'ai considéré qu'avec quelque soin que je les pusse choisir dans l'histoire, et quelques ornements dont l'artifice les pût enrichir, elle en voyait de plus grands r^xemples dans elle-même. Pour rendre les choses proportionnées, il fallait aller à la plus haute espèce, et n'entreprendre pas de rien offrir de cette nature à une reine Très-Chrétienne, et qui l'est beaucoup plus encore
' La tn-igédie de Pohjeucta lut imprimée pour la première fois en 1043. r.ouis Xlll était mort l'aniK^e préct'dente , laissant les rênes de l'Ktat entre les mains d'Anne d'Autriche, sa veuve, régente pendant la minorité de sou Ulfi , qui fut depuis Louis le GrancL