‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 184 sur 355 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

par ses actions que par son titre, à moins que de lui offrir un portrait des vertus chrétiennes dont l'amour et la gloire de Dieu formassent ses plus beaux traits, et qui rendit les plaisirs qu'elle y pourra prendre aussi propres à exercer sa piété qu'à délasser son esprit. C'est à cette extraordinaire et admirable piété ^ iMada^ie, que la France est redevable des bénédictions qu'elle voit tomber sur les premières armes de son roi ; les heureux succès qu'elles ont obtenus en sont les rétributions éclatantes, et des coups du ciel, qui répand abondamment sur tout le royaume les récompenses et les grâces que Votre Majesté a méritées. Notre perte semblait infaillible après celle de notre grand monarque ; toute l'Europe avait déjà pitié de nous, et s'imaginait que nous nous allions précipiter dans un extrême désordre , parce qu'elle nous voyait dans une extrême désolation : cependant la prudence et les soins de Votre Majesté, les bons conseils qu'elle a pris, les grands courages qu'elle a choisis pour les exécuter, ont agi si puissamment dans tous les besoins de l'État, que cette première année de sa régence a non-seulement égalé les plus glorieuses de l'autre règne , mais a même effacé , par la prise de Thion ville , le souvenir du malheur qui, devant ses murs, avait interrompu une si longue suite de victoires. Permettez que je me laisse emporter au ravissement que me doniu^ 'ctte pensée, et que je m'écrie dans ce transport :

Que v()<; soins, gnincle reine, enfantent de miracles! Bruxelles et Madrid en sont tout interdits; i:t si notre Apollon me les avait prédits, .Paurais inoi-mùnu; osé douter de ses oracles.

Sons vos commandements on force tous obstacles; On porte l'épouvante aux cœurs les plus hardis, i:t par des coups 'l'essai vos États agrandis 1 es drapeaux ennemis font d'illustres spectacles.

La victoire elle-mèun' arro iinl a mon roi.

A LA l\^:l^E KEGEINTK. :i05

Kl, inoltant ;i se;, pieds Tliionville et Rocroi , rail relentii cci^ vers sur les bords de la Seine :

France, atlends tout d'un n-j^ne ouvert en triomphant,

Puisque tu vois déjà les ordres de ta reine

l'aire un foudre eu tes mains des armes d'un enfant.

Il ne faut point douter que des commencements si merveilleux ne soient soutenus par des progrès encore plus étonnants. Dieu ne laisse point ses ouvrages imparfaits : il les achèvera , Madamk, et rendra non-seulement la régence de Votre Majesté^ mais encore toute sa vie^ un enchaînement continuel de prospérités. Ce sont les vœux de toute la France , et ce sont ceux que fait avec plus de zèle.

Madame,

Page 1