‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 186 sur 355 · ABRÉGÉ DU MARTYRE DE S. POLYEUCTE · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DU MARTYRE DE S. POLYEUCTE

13 (le février, mais en deux mots, suivant sa coutume; Baronius, dans ses Annales, n'en dit qu'une ligne; le seul Surius, ou plutôt Mosander, qui l'a augmenté dans les dernières impressions, en rapporte la mort assez au long sur le neuvième de janvier : et j'ai cru quSl était de mon devoir d'en mettre ici l'abrégé. Comme il a été à propos d'en rendre la représentation agréable, afin que le plaisir put insinuer plus doucement l'utilité, et lui servir comme de véhicule pour la ï)orter dans l'âme du peuple, il est juste aussi de lui donner cette lumière pour démêler la vérité d'avec ses ornements, et lui faire reconnaître ce qui lui doit imprimer du respect comme saint, et ce qui le doit seulement divertir comme industrieux. Voici donc ce que ce dernier nous apprend :

Polyeucte et Néarque étaient deux ciivaliers étroitement liés ■ ensemble d'amitié; ils vivaient en l'an 250, sous l'empire de Décius ; leur demeure était dans Mélitène, capitale d'Arménie ; leur religion différente, Néarque étant chrétien, et Polyeucte suivant encore la secte des gentils , mais ayant toutes les qualités dignes d'un chrétien, et une grande inclination à le devenir. L'empereur ayant fait publier un édit très -rigoureux contre les chrétiens, cette publication donna un grand trouble à Néarque , non pour la crainte des supplices dont il était menacé , mais pour l'appréhension qu'il eut que leur amitié ne souffrît quelque séparation ou refroidissement par cet édit, vu les peines qui y étaient proposées à ceux de sa religion, et les honneurs promis à ceux du parti contraire ; il en conçut un si profond déplaisir, que son ami s'en aperçut ; et l'ayant obligé de lui en dire la cause, il prit de là occasion de lui ouvrir son cœur : Ne craignez point, lui dit-il, que Tédit de l'empereur nous désunisse ; j'ai vu cette nuit le Christ, que vous adorez; il m'a dépouillé d'une robe sale pour me revêtir d'une autre toute lumineuse , et m'a fait monter sur un cheval ailé pour le suivre : cette vision m'a résolu entièrement à faire ce qu'il y a longtemps que je médite ; le seul nom de chrétien me manque; et vous-même, toutes les fois que vous m'avez parlé de votre grand Messie, vous avez pu remarquer que je vous ai toujours écouté avec respect; et quand vous m'avez

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lu sa vie et ses enseignements, j'ai toujours admiré la sainteté de ses actions et de ses discours. 0 Néarque ! si je ne me croyais pas indigne d'aller à lui sans être initié de ses mystères et avoir reçu la grâce de ses sacrements, que vous verriez éclater l'ardeur que j'ai de mourir pour sa gloire et le soutien de ses éternelles vérités t Néarque l'ayant éclairci sur l'illusion du scrupule où il était par rexem[)le du bon larron , qui en un moment mérita le ciel , bien qu'il n'eût pa.s reçu le baptême, aussitôt notre martyr, plein d'une sainte ferveur, prend Tédit de l'empereur, crache dessus, et le déchire en morceaux qu'il jette au vent; et, voyant des idoles que le peuple portait sur les autels pour les adorer, il les arrache à ceux qui les portaient, les brise contre terre , et les foule aux pieds , étonnant tout le monde et son ami même par la chaleur de ce zèle, qu'il n'avait pas espéré.

Son beau-père Félix , qui avait la commission de l'empereur pour persécuter les chrétiens, ayant vu lui-même ce qu'avait fait son gendre, saisi de douleur de voir l'espoir et l'appui de sa famille perdus, tâche d'ébranler sa constance, premièrement par de belles paroles, ensuite par des menaces, onfui par des coups qu'il lui fait donner par ses bourreaux sur tout le visage : mais, n'en ayant pu venir à bout, pour dernier effort il lui envoie sa fille Pauline , afin de voir si ses larmes n'auraient point plus de pouvoir sur l'esprit d'un mari que n'avaient eu sf\s arlific».'s et ses rigueurs. Il n'avance rien davantage parla; au contraire, voyant que sa fermeté conlertissail beaucoup fie païens, il le condamne à perdre la tête. Cet arrêt fut exécuté sur l'heure : et le saint niartyr,sans autre baptême que de son sang, s'en alla prendre possession de la (^Moire que Dieu a promise à ceux qui renonceraient à eux-mêmes pourl'aniour de lui.

Voilà en peu de mots ce qu'en dit Surius : le songe de Paul-ne, l'amour de Sévère, le baptême effectif de Polyeuctc , le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la dignité de Félix, que je fais gouverneur d'Arménie, la mort de Néarque , la conversion de Félix et de Pauline, sont des inventions et des cmbeltissements de théâtre. La seule vict(»ire de l'empcreui

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contre les Perses a quelque fondement dans l'histoire; et sans chercher d'autres auteurs > elle est rapportée par M. Goeffeteau dans son Histoire romaine; mais il ne dit pas, ni qu'il leur imposa tribut, ni qu'il envoya faire de sacrifices de remercîment en Arménie.

Si j'ai ajouté ces incidents et ces particularités selon l'art, ou non, les savants en jugeront; mon but ici n'est pas de les justifier, mais seulement d'avertir le lecteur de ce qu'il eu peut croire.

PERSONNAGES

FKLFX, sénateur romain , gouverneur dWrménie. POLYEUCTE^ seigneur arménien, gendre de Félix. SÉVÈRE, chevalier romain, favori de l'empereur Décie. NLARQUE, seigneur arménien, ami de Polyeucte. PAULINE, fille de Félix, et femme de Polyeucte. STKATOMCE, confidente de Pauline.

ALUIN, conlident de Félix.

FABIAN , domestique de Sévère.

(ILViON , domestique de Félix.

Trois Gardks.

La .sconi' est a >!olitène, capitale d'Anucirc, daus k* palais kU r»'li>.

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