‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 187 sur 355 · POLYEUCTE, NÉARQUE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE, NÉARQUE

NÉAUQUE.

Quoi ! vous vous arrêtez aux songes d'une femme! De si faibles sujets troublent cette grande âme; Et ce cœur tant de fois dans la guerre éprouvé S'alarme d'un péril qu'une femme a rèvél

POLYEUCTE

Je sais ce qu^est un songe , et le peu de croyance

Qu'un homme doit donner à son extravagance.

Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit

Forme de vains objets que le réveil détruit;

Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme ;

Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'âme ^

Quand, après un long temps qu'elle a su nous charmer.

Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer.

Pauline, sans raison dans la douleur plongée ,

Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée;

Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais ,

Et tâche à m'empècher de sortir du palais.

Je méprise sa crainte , et je cède à ses larmes;

Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes.

Et mon cœur attendri, sans être intimidé ,

' Les vaiiante.s nous ont été fournies par ies éditions tle t6i^-57. (Lkf....) Vui. M le jiistc pouvoir (incllc prend sur un? âmes

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N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé.

L'occasion , Néarque , est-elle si pressante

Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?

Par un peu de remise épargnons son ennui *,

Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.

NÉARQUE

Avez- vous cependant une pleine assurance -

D'avoir assez de vie ou de persévérance?

Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main ,

Promet-il à vos vœux de le pouvoir demain ?

il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa gTàce

Ne descend pas toujours avec même efficace;

Après certains moments que perdent nos longueurs ,

Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs;

Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré ^ :

Le bras qui la versait en devient plus avare.

Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien *

Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien.

Celle qui vous pressait de courir au baptême.

Languissante déjà, cesse d'être la même;

Et, pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr,

Sa flamme se dissipe, et va s'évanouir.

POLYEUCTE

Vous me connaissez mal : la même ardeur me brille,

Et le désir s'accroît ([uand l'effet se recule.

Ces pleurs, que je regarde avec ua œil d'époux ,

• Vaji. Retn(;tlons ro dessein (|ui l'accahle d'eimui ;

Nous le pDiii ions dcni.iin aussi Itieu qu'aujourd'hui. '•< Vah. Oui ; niais ou prenez-vous rinfaillMe assurance

Ce liien. qui lient votre àine cl vos jours tlans sa main,

Voiw a t-il assiu"é du |t(juvoir de demain ? > Va», l.e bras qni la versait s'arrête et se rourrouee;

Notre c(i ur s'endurcit , el sa pointe s'émousse. » V\n Kl celte sainte (udeur (|ui nous emporte au bien

Toml.r s,ii- un locliei , el n'opi rc plus rien.

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