POLYEUCTE, NÉARQUE
NÉAUQUE.
Quoi ! vous vous arrêtez aux songes d'une femme! De si faibles sujets troublent cette grande âme; Et ce cœur tant de fois dans la guerre éprouvé S'alarme d'un péril qu'une femme a rèvél
POLYEUCTE
Je sais ce qu^est un songe , et le peu de croyance
Qu'un homme doit donner à son extravagance.
Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit
Forme de vains objets que le réveil détruit;
Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme ;
Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'âme ^
Quand, après un long temps qu'elle a su nous charmer.
Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer.
Pauline, sans raison dans la douleur plongée ,
Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée;
Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais ,
Et tâche à m'empècher de sortir du palais.
Je méprise sa crainte , et je cède à ses larmes;
Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes.
Et mon cœur attendri, sans être intimidé ,
' Les vaiiante.s nous ont été fournies par ies éditions tle t6i^-57. (Lkf....) Vui. M le jiistc pouvoir (incllc prend sur un? âmes
312 POLYEUCTE
N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé.
L'occasion , Néarque , est-elle si pressante
Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?
Par un peu de remise épargnons son ennui *,
Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.
NÉARQUE
Avez- vous cependant une pleine assurance -
D'avoir assez de vie ou de persévérance?
Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main ,
Promet-il à vos vœux de le pouvoir demain ?
il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa gTàce
Ne descend pas toujours avec même efficace;
Après certains moments que perdent nos longueurs ,
Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs;
Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré ^ :
Le bras qui la versait en devient plus avare.
Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien *
Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien.
Celle qui vous pressait de courir au baptême.
Languissante déjà, cesse d'être la même;
Et, pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr,
Sa flamme se dissipe, et va s'évanouir.
POLYEUCTE
Vous me connaissez mal : la même ardeur me brille,
Et le désir s'accroît ([uand l'effet se recule.
Ces pleurs, que je regarde avec ua œil d'époux ,
• Vaji. Retn(;tlons ro dessein (|ui l'accahle d'eimui ;
Nous le pDiii ions dcni.iin aussi Itieu qu'aujourd'hui. '•< Vah. Oui ; niais ou prenez-vous rinfaillMe assurance
Ce liien. qui lient votre àine cl vos jours tlans sa main,
Voiw a t-il assiu"é du |t(juvoir de demain ? > Va», l.e bras qni la versait s'arrête et se rourrouee;
Notre c(i ur s'endurcit , el sa pointe s'émousse. » V\n Kl celte sainte (udeur (|ui nous emporte au bien
Toml.r s,ii- un locliei , el n'opi rc plus rien.