‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 188 sur 355 · ACTE I, SCEiNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCEiNE I

Me laissent dans le cœur aussi chrétien que vous; Mais , pour en recevoir le sacré caractère Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire, Et qui , purgeant notre âme et dessillant nos yeux * , Nous rend le premier droit que nous avions aux cieux , Bien que je le préfère aux grandeurs d'un empire % Comme le bien suprême est le seul où j'aspire , Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour. Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour.

NÉ ARQUE.

Ainsi du genre humain l'cLniiemi vous abuse : Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse. Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler Quand il ne les peut rompre, il pousse à reculer; D'obstacle sur obstacle il va troubler le votre , [autre; Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelque Et ce songe rempli de noires visions ^ N'est que le coup d'essai de ses illusions : Il met tout en usage , et prière, et menace; Il attaque toujours, et jamais ne se lasse; 11 croit pouvoir enfin ce qu'encore il n'a pu , Et que ce qu'on diffère est à demi rompu.

Rompez ses premiers coups; laissez pleurer Pauline. Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine \ Qui regarde en arrière, et^ douteux en son choix, Lorsque sa voix l'appelle , écoute une autre voix.

POLYEUCTE

Pour se donner à lui faut-il n'aimer personne?

NÉARQUE

Nous pouvons tout aimer, il le souffre, il Fordonne;

' Vab. Et d'un layon divin nous dessillant les yeux.

î Vah. Quoitiuc je le i»iéfère aux grandeurs d'un em[)ire.

•' Var. Ce songe si rempli de noires visions.

^ ^'.♦«. Dieu ne veut point dun ca'ur ([uc le monde dumin'\

314 POLYEUCTE

Mais, à vous dire tout , ce Seigneur des seigneurs' Veut le premier amour et les premiers honneurs. Comme rien n'est égal à sa grandeur suprême , Il faut ne rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même, Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens et rang. Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite * Qui vous est nécessaire, et que je vous souhaite! Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux. Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux. Qu'on croit servir TÉtat quand on nous persécute. Qu'aux plus ûpres tourments un chrétien est en butte , Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs. Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?

POLYEUCTE

Vous ne m étonnez point; la pitié qui me blesse [blesse '. Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de fai- Sur mes pareils, Néarque, un bel œil est bien fort : Tel craint de le fâcher, qui ne craint pas la mort; Et s'il faut affronter les plus cruels supplices, Y trouver des appas, en faire mes déUces, Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien, M'en donnera la force en me faisant chrétien.

NÉARQUE

IIAtez-vous donc de l'être.

POLYEUCTE

Oui, j'y cours, cher Néarcpio ; .îe bnile d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'aftlige, et ne peut consentir, Tant ce songe la trouble , à me laisser sortir.

I V\ii. Mais ce grand Roi des rois , ce Seigneur des seigneurs.

' Vah. Mais que vous <>les loin de cette amour parfaite.

» V AU. Est grandeur de courage aussitôt (juc faiblesse. Kd. <lr UiV'.

Pi;;in' des plus farauds enui*;, n'csl ri<n iiiuins ipic lad>l<'ssr. A'.V/. dr 1»i'«f».

ACTK I; SCKNK H. 31.3

NKARQUE.

Votre retour pour elle en aura plus de charmes; Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes; Et riieur de vous revoir lui semblera plus doux, Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attend.

POLYEUCTE

Apaisez donc sa crainte.

Et calmez la douleur dont son àme est atteinte. Elle revient.

NÉ ARQUE.

Fuyez.

POLYEUCTE

Je ne puis.

NÉ ARQUE

Il le faut; Fuyez un ennemi qui sait votre défaut, Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue Et dont le coup mortel vous plait quand il vous tue.

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