PAULINE, STRATONICE
PAULINE
Va, néglige mes pleurs, cours, et te précipite Au-tlevant de la mort que le."» dieux m'ont prédite; Suis cet agent fatal de tes mauvais destins, Qui peut-être te livre aux mains des assassins.
Tu vois, ma Stratonice, en quel siècle nous sommes * ' Voilà notre pouvoir sur les esprits des hommes;
' V\n. yti craignez non tl»; mal pour une licurc (rabsi.'ncc. - \ \i\. \ oil.i , ma SlraloiiicT , tiii ce sifclc ou nou^ sommes , Notre ompnc absolu sur les csprils îles hommes.
ACTK T, SCÈNE IH. 317
Voilà ce qui nous reste, et Tordinaire effet [fait.
De l'amour qu'on nous offre, et des vœux qu'on nous Tant qu'ils ne sont qu'amants nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines' ; Mais après Thyménée ils sont rois à leur tour.
STRATOMCE.
Polyeucte pour vous ne manque point d'amour;
S'il ne vous traite ici d'entière confidence ,
S'il part malgré Vos pleurs, c'est un trait de prudence;
Sans vous en affliger, présumez avec moi
Qu'il est plus à propos qu'il vous cèle pourquoi ;
Assurez-vous sur lui qu'il en a juste cause.
11 est bon qu'un mari nous cache quelque chose.
Qu'il soit quelquefois libre , et ne s'abaisse pas
A nous rendre toujours compte de tous ses pas :
On n'a tous deux qu'un cœur qui sent mêmes traverses ;
Mais ce cœur a pourtant ses fonctions diverses ,
Et la loi de l'hymen qui vous tient assemblés
N'ordonne p3S qu'il tremble alors que vous tremblez :
Ce qui fait vos frayeurs ne peut le mettre en peine;
11 est Arménien , et vous êtes Romaine ,
Et vous pouvez savoir que nos deux nations
N'ont pas sur ce sujet mêmes impressions.
Un songe en notre esprit passe pour ridicule.
Il ne nous laisse espoir, ni crainte, ni scrupide;
Mais il passe dans Rome avec autorité
Pour fidèle miroir de la fatalité.
PAULINE
Quelque peu de crédit que chez vous il obtienne-, Je crois que la frayeur égalerait la mienne , Si de telles horreurs t'avaient frappé l'esprit , Si je t'en avais fait seulement le récit.
' Var ils nous traitent en reines.
• V\r,. F-e mien est bien étrange; et, (|uijii|ue ArnK^iiiennr.
318 POLYEUCTE
STRATOMCE.
A raconter ses maux souvent on les soulage.
Écoute; mais il faut te dire davantage,
Et que, pour mieux comprendre un si triste discours.
Tu saches ma fail)lesse et mes autres amours :
Tne femme d'honneur peut avouer sans honte
Ces s-urprises des sens que la raison surmonte ;
(^e n'est qu'en ces assauts qu'éclate la vertu ,
Et l'on doute d'un cœur qui n'a point combattu.
Dans Rome, où je naquis, ce malheureux visage D'un chevalier romain captiva le courage; II s'appelait Sévère : excuse les soupirs Uu'arrache encore un nom trop cher à mes désirs.
STRATONICE
Est-ce lui qui naguère aux dépens de sa vie Sauva des ennemis votre empereur Décie, Qui leur tira mourant la victoire des mains , Et fit tourner le sort des Perses aux Romains? Lui, qu'entre tant de morts immolés à son miiitre. On ne put rencontrer, ou du moins reconnaître ; A qui Décie enfin, pour des exploits si beaux, Fit si pompeusement dresser de vains tombeaux?
PAULINE
Hélas! c'était lui-môme, et jamais notre Rome
N'a produit plus grand cœur, ni vu plus honnête homme.
Puisque tu le connais, je ne t'en dirai rien.
Je Taimai , Stratonice ; il le méritait bien.
Mais que sert le mérite où manque la fortune?
E'un était grand en lui , l'autre faible et commune;
Trop invincil)le ol)stacle, et dont trop rarement
'Irioniplic ,'nq)rrs (riiii \)rn\ un vrrlu(Mi\ amant!
STHATOMCE.
Ea diiiiK* occasion (rnne l'ai'c (N)nslMnc('!