‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 224 sur 355 · SÉVÈRE, PAULINE, FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVÈRE, PAULINE, FABIAN

SÉVÈRE

Dans mon élonnement, Je suis confus pour lui de son aveuglement; Sa résolution a si peu de pareilles, Qu'à peine je me fie encore à mes oreilles; Un cœur qui vous chérit (mais quel cœur assez bas Aurait pu vous connaître , et ne vous chérir pas?), Un homme aimé de vous , sitôt qu'il vous possède , Sans regret il vous quitte : il fait plus, il vous cède ; Et, comme si vos feux étaient un don fatal. Il en fait un présent lui-même à son rival ! Certes, ou les chrétiens ont d'étranges manies, Ou leurs félicités doivent être infinies , Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter Ce que de tout l'empire il faudrait acheter.

Pour moi, si mes deslins, un peu plus tôt propices. Eussent de votre hymen honoré mes services , Je n'aurais adoré que l'éclat de vos yeux, J'en aurais fait mes rois, j'en aurais fait^mes dieux; On m'aurait mis en poudre, on m'aurait mis en cendre, Avant que...

PAULINE

Brisons là; je crains de trop entendre , Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux. Ne pousse quelque suite indigne de tous deux. Sévère, connaissez Pauline tout entière.

Mon Polyeucte touche à son heure dernière ; Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment; Vous en êtes la cause encor qu'innocemment. Je ne sais si votre àme, à vos désirs ouverte,

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Aurait osé former quelque espoir sur sa perte :

Mais sachez qu'il n'est point de si cruels trépas

Où d'un front assuré je ne porte mes pas,

Qu'il n'est point aux enfers d'horreurs que je n'endure^

Plutôt que de souiller une gloire si pure ,

Que d'épouser un homme, après son triste sort^

Qui de quelque façon soit cause de sa mort :

Et, si vous me croyiez d'une âme si peu saine.

L'amour que j'eus pour vous tournerait tout en haine.

Vous êtes généreux; soyez-le jusqu'au bout.

Mon père est en état de vous accorder tout.

Il vous craint; et j'avance en cor cette parole,

Que, s'il perd mon époux, c'est à vous qu'il Thumole.

Sauvez ce malheureux , employez-vous pour lui ;

Faites-vous un effort pour lui servir d'appui.

Je sais que c'est beaucoup que ce que je demande;

Mais plus l'effort est grand , plus la gloire en est grande.

Conserver un rival dont vous êtes jaloux ,

C'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous;

Et si ce n'est assez de votre renommée.

C'est beaucoup qu'une femme autrefois tant aimée ,

Et dont l'amour peut-être encor vous peut toucher.

Doive à votre grand cœur ce qu'elle a de plus cher : .

Souvenez-vous enfin que vous êtes Sévère.

Adieu. Résolvez seul ce que vous voulez faire * ;

Si vous n'êtes pas tel que je l'ose espérer,

Pour vous priser encor je le veux ignorer.

Var. .In m>n vais sans iT|)onso , après cctlc prière ; Et si vous notes tel (pie je l'ose espérer.

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