‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 225 sur 355 · SÉVÈRE, FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVÈRE, FABIAN

Qu'est-ce ci, Fabian? quel nouveau coup de foudre Tombe sur mon bonheur, et le réduit en poudre î Plus je Festime près, plus il est éloigné ; Je trouve tout perdu quand je crois tout gagné; Et toujours la fortune, à me nuire obstinée, Tranche mon espérance aussitôt qu'elle est née; Avant qu'offrir des vœux je reçois des refus : Toujours triste, toujours et honteux et confus De voir que lâchement elle ait osé renaître, Qu'encor plus lâchement elle ait osé paraître; Et qu'une femme enfin dans la calamité ^ Me fasse des leçons de générosité.

Votre belle âme est haute autant que malheureuse. Mais elle est inhumaine autant que généreuse, Pauline ; et vos douleurs avec trop de rigueur D'un amant tout à vous tyrannisent le cœur. C'est donc peu de vous perdre, il faut que je vous donne; Que je serve un rival lorsqu'il vous abandonne; Et que , par un cruel et généreux effort , Pour vous rendre en ses mains je l'arrache à la mort.

FABIAN

Laissez à son destin celte ingrate famille; Qu'il accorde, s'il veut, le père avec la fille, Polyeucte et Félix, l'épouse avec l'époux : D'un si cruel effort quel prix espérez-vous ?

SÉVÈRE

La gloire de montrer à cette âme si belle

^ Var. Et (lu'iine femme enfin dans l'infélicité.

372 POLYEUCTE

Que Sévère l'égale, et qu'il est digne cVelle; Qu'elle m'était bien due, et que l'ordre des cieux En me la refusant m'est trop injurieux.

FABIAN

Sans accuser le sort ni le ciel d'injustice, Prenez garde au péril qui suit un tel service ; Vous hasardez beaucoup, seigneur, pensez-y bien. Quoi! vous entreprenez de sauver un chrétien! Pouvez-vous ignorer pour cette secte impie Quelle est et fut toujours la haine de Décie? C'est un crime vers lui si grand , si capital , Qu'à votre faveur même il peut être fatal.

SÉVÈRE

Cet avis serait bon pour quelque Ame commune. S'il tient entre ses mains ma vie et ma fortune , Je suis encor Sévère ; et tout ce grand pouvoir Ne peut rien sur ma gloire, et rien sur mon devoir, ici l'honneur m'oblige, et j'y veux satisfaire; Qu'après , le sort se montre ou propice ou contraire , Comme son naturel est toujours inconstant , Périssant glorieux, je périrai content.

Je te dirai bien plus, mais avec confidence : J^a sect« des chrétiens n'est pas ce que l'on pense : On les hait; la raison , je ne la connais point; Et je ne vois Décie injuste qu'en ce point. Par curiosité j'ai voulu les connaître : On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maitre ; Et sur cette croyance on punit du trépas Des mystères secrets que nous n'entendons pas. Mais Cérès Éleusine, et la Bonne déesse, Ont leurs secrets comme eux à Homo et dans la Crèce; Encore impunément nous souffrons en tous lieux , Leur Dieu seul excepté, toute sorte de dieux : Tous les monstres d'Egypte ont h-u rs temples dans Home ;

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