ACTE IV, SCÈNE VI
Nos aïeux à leur gré faisaient un dieu d'un homme ; Et , leur sang parmi nous conservant leurs erreurs , Nous remplissons le ciel de tous nos empereurs : Mais, à parler sans fard de tant d'apothéoses. L'effet est bien douteux de ces métamorphoses.
Les chrétiens n'ont qu'un Dieu, maître absolu de tout , De qui le seul vouloir fait tout ce qu'il résout : Mais, si j'ose entre nous dire ce qu'il me semble. Les nôtres bien souvent s'accordent mal ensemble ; Et, me dût leur colère écraser à tes yeux. Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux \ Enlin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes , Les vices détestés , les vertus florissantes ; Ils font des vœux pour nous qui les persécutons ; Et, depuis tant de temps que nous les tourmentons. Les a-t-on vus mutins? les a-t-on vus rebelles? Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles? Furieux dans la guerre , ils souffrent nos bourreaux ; Et, lions au combat, ils meurent en agneaux. J'ai trop de pitié d'eux pour ne les pas défendre. Allons trouver Félix; commençons par son gendre ; Et contentons ainsi , d'une seule action , Et PauJine, et ma gloire, et ma compassion.
' Après ces vers venaient, dans les éditions de 1643-48, les quatre suivants, (|ue Corneille a supprimés :
Peut-être qu'après tout les croyances publiques Ne sont qu'inventions de sages politiques , Pour contenir un peuple ou bien pour l'émouvoir, Et dessus sa faiblesse affermir leur pouvoir.
Et deux vers plus bas, on lisait encore ceux-ci, qui ne se trou\ent que dans les premières éditions, 1643-48 :
.Jamais un adultère, un traître, un assassin; Jamais d'ivrognerie , et jamais de larcin : Ce n'est qu'amour entre eux , que charité sinccre ; Chacun y chérit l'autre , et le secourt en fnrc.