AU LECTEUR
Si je voulais faire ici ce que j'ai fait en mes deux derniers ouvrages, et te donner le texte ou l'abrégé des auteurs dont cette histoire est tirée , afin que tu pusses remarquer en quoi je m'en serais écarté pour l'accommoder au théâtre , je ferais un avant-propos dix fois plus long que mon poëme^ et j'aurais à rapporter des livres entiers de presque tous ceux qui ont écrit l'histoire romaine. Je me contenterai de t'avcrtir que c«;lui dont je me suis le plus servi a été le potite Lucain , dont la lecture m'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de son raisonnement, qu'afm d'en enrichir notre langue j'ai fait cet effort pour réduire en poëme dramatique ce qu'il a traité en épique. Tu trouveras ici cent ou deux cents vers traduits ou imités de lui '. J'ai tâché de suivre ce grand homme dans le reste, et de prendre son caractère quand son exemple m'a manqué : si je suis demeuré bien loin derrière, tu en jugeras. Cependant j'ai cru ne te déplaire pas de te donner ici trois passages qui ne viennent pas mal à mon sujet. Le premier est un épitaphe ^ de Pompée, prononcé par Gaton dans Lucain. Les deux autres sont deux peintures de Pompée et de César, tirées de Velleius Paterculus. Je les laisse en latin, de peur que ma traduction n'ôte trop de leur grâce et de leur force. Les dames se les feront expliquer.
' C'est le luiitième livre de Lucain qui a fourni à Corneille le sujet <le Pompée.
^ f-Jpifnphe était alors du genre masculin.