ACTE 111, SCÈNE IV. 44i
Et l'on juge .aisément, an cœur que vous portez, Où vous êtes entrée , et de qui vous sortez. L'âme du jeune Crasse, et celle de Pompée, L'une et l'autre vertu par le malheur trompée , Le sang des Scipions protecteur de nos dieux. Parlent par votre bouche et brillent dans vos yeux ; Et Rome dans ses murs ne voit point de famille Qui soit plus honorée ou de femme ou de fille. Plût au grand Jupiter, plût à ces mêmes dieux Qu'Annibal eût bravés jadis sans vos aïeux. Que ce héros si cher dont le ciel vous sépare N'eût pas si mal connu la cour d'un roi barbare , Ni mieux aimé tenter une incertaine foi , Que la vieille amitié qu'il eût trouvée en moi ; Qu'il eût voulu souffrir qu'un bonheur de mes armes Eût vaincu ses soupçons, dissipé ses alarmes; Et qu'enfin , m'attendant sans plus se défier. Il m'eût donné moyen de me justifier! Alors, foulant aux pieds la discorde et Tenvie ' , Je l'eusse conjuré de se donner la vie , D'oublier ma victoire , et d'aimer un rival Heureux d'avoir vaincu pour vivre son égal : J'eusse alors regagné son âme satisfaite* Jusqu'à lui faire aux dieux pardonner sa défaite ; 11 eût fait â son tour, en me rendant son cœur, Que Kome eût pardonné la victoire au vainqueur. Mais puisque par sa perte, à jamais sans seconde,
' iMiT. Ut le complexus , positis civilibus arinis, Affectus abs te vetcres \itamque rogarem , Magne , tuam ; dignaquc satis mcrcede lal)oriHn Contentas , par esse tibi. Tune pace fideli Fecissem ut victus posses ignosccre divis Fecisses ut Roma niihi.
' V\K. Alors, l'esprit content et l'âme satisfaite,
Je l'eusse f.iit an\ dieux pardonner sa défaite.
4ir> POMPKE.
Le sort a dérobé cette allégresse au monde » ,
César s'efforcera de s'acquitter vers vous
De ce qu'il voudrait rendre à cet illustre époux.
Prenez donc en ces lieux liberté tout entière :
Seulement pour deu.x jours soyez ma prisonnière ,
Atîn d'être témoin comme, après nos débats.
Je chéris sa mémoire et venge son trépas,
Et de pouvoir apprendre à toute l'Italie
De quel orgueil nouveau m'enfle la Thessalie.
.îe vous laisse à vous-même, et vous quitte un moment.
Choisissez-lui , Lépide , un digne appartement ;
Et qu'on l'honore ici , mais en dame romaine ,
C'est-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine.
Commandez, et chacun aura soin d'obéir.
CORNÉLIi:.
0 ciel ! que de vertus vous me faites haïr ! ' hJiT. Ucta dics rnnta es» populis.