ACTE \, SCKNE 11 [. 4«î
CLKOPATRE.
Que disiez-vous naguère? et que viens-je cV entendre? Accordez ces discours que j'ai peine à comprendre.
ACHORÉF.
Aucuns ordres ni soins n'ont pu le secourir ' ;
Malgré César et nous, il a voulu périr :
Mais il est mort, madame, avec toutes les marques
Que puissent laisser d'eux les plus dignes monarques ' :
Sa vertu rappelée a soutenu sou rang ,
Et sa perte aux Romains a coûté bien du sang K
11 combattait Antoine avec tant de courage , Qu'il emportait déjà sur lui quelque avantage ; Mais l'abord de César a changé le destin ; Aussitôt Achillas suit le sort de Photin : )I meurt, mais d'une mort trop belle pour un traître. Les armes à la main , en défendant son maître. Le vainqueur crie en vain qu'on épargne le roi ; Ces mots au lieu d'espoir lui donnent de l'effroi; Son esprit alarmé les croit un artifice Pour réserver sa tête à l'affront d'un supplice '*. 11 pousse dans nos rangs, il les perce , et fait voir Ce que peut la vertu qu'arme le désespoir ; Et son cœur, emporté par l'erreur qui l'abuse % Cherche partout la mort , que chacun lui refuse . Enfin perdant haleine après ces grands efforts , Près d'être environné, ses meilleurs soldats morts, Il voit quelques fuyards sauter dans une l^arque; 15 s'y jette, et les siens, qui suivent leur monarque,
' V'AR. Ni vos vœux ni vos soins n'ont pu le secourir.
• Malgré César et vous, il a voulu périr,
' Vab. Dont éclatent les morts des plus dignes monarques.
^ Vaii. Et sa perte aux Romains a bien coûté du san,:;.
* Vah. l'our réserver sa tète aux hontes dun supplier.
^ Vah. Et son cœur indigné que cette erreur abus-.
470 POMPEJe.
D'un si gTand nombre en foule accablent ce vaisseau ',
Que la mer Tengloutit avec tout son fardeau.
C'est ainsi que sa mort lui rend toute sa gloire ,
A vous toute l'Egypte . à César la victoire.
II vous proclame reine; et, bien qu'aucun Komain '
Du sang que vous pleurez n'ait vu rougir sa main ,
Il nous fait voir à tous un déplaisir extrême ,
Il soupire, il gémit. Mais le voici lui-même.
Qui pourra mieux que moi vous montrer la douleur "
Que lui donne du roi l'invincible malheur.
CÉSAR, CORNËLIE, CLÉOPATRE, ANTOINE, LÊPIDi:. ACHORÉE, CHARiMION, PHILIPPE.
CORNÉLIK.
César, tiens-moi parole , et me rends mes galères.
Achillas et Photin ont reçu leurs salaires ;
Le roi n'a pu jouir de ton cœur adouci ;
Et Pompée est vengé ce qu'il peut l'être ici.
Je n'y saurais plus voir qu'un funeste rivage ''
Qui de leur attentat m'offre l'horrible image.
Ta nouvelle victoire , et le bruit éclatant
Qu'aux changements de roi pousse un peuple inconstant ;
Et, parmi ces objets, ce qui le plus m'afflige ^,
C'est d'y revoir toujours l'ennemi qui m'oblige.
Laisse-moi m'al'franchir de cette indignité ,
' Var. D'un tel nombre à la foule accablent le vaisseau, V'AK. Il vous iiroclanie reine ; et , (luoiquc ses Hoinains
Au saufî (|ue vous pleurez n"aient |)oint treinp(^ leur^ in.uiH ,
Il iMftntre tonlelois un «léplair extrèinr. ^ V AU. gtii pourra mieux qu;- moi \ims riiir la doulenr. ' \ \ii. .!<• n'y puis plus rien \oir (|ii'uii funeste rivage.
V\r;. Kt (le tous les objets celui qui plU'' m'afllipe, J'y vois toujours en loi 1 ennemi (pii m'nlil'gr.