COMÉDIE
(iOBNEILLE. — T. I.
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Monsieur,
Je vous présente une pièce de théâtre d'un style si éloigné de ma dernière, qu'on aura de la peine à croire qu'elles soient parties toutes deux de la môme main, dans le même hiver. Aussi les raisons qui m'ont obli^-é à y travailler ont été bien différentes. J'ai fait Pompée pour satisfaire à ceux qui ne trouvaient pas les vers de Pohjeucte si puissants que ceux de Cinna, et leur montrer que j'en saurais bien retrouver la pompe quand le sujet le pourrait souffrir; j'ai fait le Menteur pour contenter les souhaits de beaucoup d'autres qui, suivant l'humeur des Français , aiment le changement, et, après tant de poëmes graves dont nos meilleures plumes ont enrichi la scène , m'ont demandé quelque chose de plus enjoué qui ne servit qu'à les divertir. Dans le premier, j'ai voulu faire un essai de ce que pouvaient la majesté du raisonnement et la force des vel*s dénués de l'agrément du sujet; dans celui-ci, j'ai voulu tenter ce que pourrait l'agrément du sujet dénué de la force des vers. Et d'ailleurs , étant obligé au genre comique de ma première réputation, je ne pouvais l'abandonner tout à fait sans quelque espèce d'ingratitude. Il est vrai que, comme alors que je me hasardai à le quitter, je n'osai me fier à mes seules forces , et que , pour m'élevcr à la dignité du tragique, je pris l'appui du grand Sénèque , à qui j'empruntai tout ce qu'il avait donné de rare à sa Médée : ainsi , quand je me suis résolu de repasser du héroïque au naïf, je n'ai osé descendre de si haut sans m'assurer d'un guide, et me suis laissé conduire au fameux Lope de Vega , de peur de m'cgarer dans