ÉPITRE
les détours de tant d'intrigues que fait notre Menteur. En un mot, ce n'est ici qu'une copie d'un excellent original qu'il a mis au jour sous le titre de la Verdad sospechosa; ei, me fiant sur notre Horace, qui donne liberté de tout oser aux poètes ainsi qu'aux peintres \ j'ai cru que , nonobstant la guerre des deux couronnes, il m'était permis de trafiquer en Espagne. Si cette sorte de commerce était un crime, il y a longtemps que je serais coupable, je ne dis pas seulement pour le Cid, où je me suis aidé de dom Guillem de Castro , mais aussi pour Médée, dont je viens de parler, et pour Pompée même , où , pensant me fortifier du secours de deux Latins, j'ai pris c^lui de deux Espagnols, Sénèque et Lucain étant tous deux de Cordoue. Ceux qui ne voudi^ont pas me pardonner cette intelligence avec nos ennemis approuveront du moins que je pille chez eux; et, soit qu'on fasse passer ceci pour un larcin ou pour un emprunt, je m'en suis trouvé si bien, que je n'ai pas envie que ce soit le dernier que je ferai chez eux. Je crois que vous en serez d'avis, et ne m'en estimerez pas moins.
Je suis
Monsieur,
Votre très-humble serviteur, CX)UNEILLE*
Pictoribus atquc poetis
Quidlibet audendi semper fuit ."eqna potestas.
De Arlc poetica, v. lo.