ACTE I, SCÈNE IV
Adieu.
DORANTE
Quoi ! me priver sitôt de tout mon bien?
CLARICE
Nous n'avons pas loisir d'un plus long entretien ;
Et, malgré la douceur de me voir cajolée ,
Il faut que nous fassions seules deux tours d'allée.
DORANTE
Cependant accordez à mes vœux innocents La licence d'aimer des charmes si puissants.
CLARICE
Un cœur qui veut aimer, et qui sait comme on aime , N'en demande jamais licence qu'à soi-même.
DORANTE, CLÏTON.
DORANTE
Suis-les, Cliton.
CLlTON.
J'en sais ce qu'on en peut savoir.
La langue du cocher a fait tout son devoir * . u La plus belle des deux , dit-il , est ma maîtresse; Elle loge à la place , et son nom est Lucrèce. »
DORANTE
Quelle place?
CLITON
Royale; et l'autre y loge aussi.
11 n'en sait pas le nom, mais j'en prendrai souci.
DORANTE
Ne te mets point , Cliton , en peine de l'apprendre. Celle qui m'a parlé , celle qui m'a su prendre ,
Var. La langue du cocher a bien fait son devoir. CORBEILLE. — 1 32
C'est Lucrèce, ce Test sans aucun contredit; Sa beauté m'en assure, et mon cœur me le dit.
CLITON
Quoique mon sentiment doive respect au vôtre , La plus belle des deux, je crois que ce soit l'autre.
Quoi ! celle qui s'est tue , et qui dans nos propos N'a jamais eu l'esprit de mêler quatre mois?
CLITON
Monsieur, quand une femme a le don de se taire ', Elle a des qualités au-dessus du vulgaire ; C'est un effort du ciel qu'on a peine à trouver : Sans un petit miracle il ne peut l'achever ; - ■' ' Et la nature souffre extrême violence Lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence. Pour moi , jamais l'amour n'inquiète mes nuits; Et, quand le cœur m'en dit, j'en prends par où je puis. Mais naturellement femme qui se peut taire A sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire, Qu'eùt-elle en vrai magot tout le corps fagoté , Je lui voudrais donner le prix de la beauté. C'est elle assurément qui s'appelle Lucrèce : Cherchez un autre nom pour l'objet qui vous blesse ; Ce n'est point là le sien : celle qui n'a dit mot , Monsieur, c'est la plus belle, ou je ne suis qu'un sot.
DORANTE
Je t'en crois sans jurer avec tes incartades '.
' Vah. Ah : (l«-|niis (|u une fcninip a \v don de se t;ùiT ,
Celte pcireclioii est rare , et nous pouvons l/.ippelcr un miracle au sirelc où nous vivons , Puisiiuà r<iT«lre rouimun le eiel fait violence , La formant eoinpatihîe avcniue le silence. Moi, je n'ai point d'amotu- en ItUat où je siiix. ' V\n. .le t'en croisons jurer, aveciiuc tes l.oul.ulcs.