ACTE II, SCEINE VI
Qu'il soit brave guerrier, qu'il soit grand capitaine. Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine* ; Fût-il la valeur môme, et le dieu des combats, Il verra ce que c'est que de n'obéir pas. Quoi qu'ait pu mériter une telle insolence -, Je l'ai voulu d'abord traiter sans violence ; Mais, puisqu'il en abuse, allez dès aujourd'hui, Soit qu'il résiste ou non , vous assurer de lui.
D. SANCHE
Peut-être un peu de temps le rendrait moins rebelle; On l'a pris tout bouillant encor de sa querelle : Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement. Un cœur si généreux se rend malaisément. Il voit bien qu'il a tort, mais une âme si haute' N'est pas sitôt réduite à confesser sa faute.
Don Sanche, taisez-vous, et soyez averti Qu'on se rend criminel à prendre son parti.
D. SANCHE
J'obéis, et me tais; mais, de grâce encor, sire. Deux mots en sa défense.
Et que pourrcz-vous dire?
D. SANCHE
Qu'une âme accoutumée aux grandes actions
Ne se peut abaisser à des soumissions :
Elle n'en conçoit point qui s'expliquent sans honte;
Et c'est à ce mot seul qu'a résisté le comte '* .
Il trouve en son devoir un peu trop de rigueur.
Et vous obéirait s'il avait moins de cœur.
' Var. Je lui rabattrai bien cette humeur si hautaine.
^ Var. Je sais trop comme il faut dompter cette insolence.
3 Var. On voit bien cpi on a tort ; mais une âme si hautc-
♦ Var. Et c'est contre ce mot qu'a résisté le comte
Commandez que son bras^ nomTi dans les alarmes. Répare cette injure à la pointe des armes; 11 satisfera^ sire ; et vienne qui voudra^ Attendant qu'il l'ait su^ voici qui répondra.
V^ous perdez le respect : mais je pardonne à Fàge, '
Et j'excuse l'ardeur en un jeune courage*.
Un roi dont la prudence a de meilleurs objets
Est meilleur ménager du sang de ses sujets :
Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,
Comme le chef a soin des membres qui le servent.
Ainsi votre raison n'est pas raison pour moi ;
Vous parlez en soldat, je dois agir en roi ;
Et quoi qu'on veuille dire , et quoi qu'il ose croire ^,
Le comte à nv obéir ne peut perdre sa gloire.
D'ailleurs l'affront me touche; il a perdu d'honneur
Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur;
S'attaquer à mon choix, c'est se prendre à moi-même %
' Var. Et j'cslime l'ardeur en un jeune courage.
- Vau. Et quoi qu'il faille dire, et quoi (lu'il veuille croire.
' Vau. Et , par ce trait hardi d'une insolence extrême ,
Il s'est pria à mon choix , il s'est pris à luoi-mêmc ;
C'est njoi qu'il satisfait en réparant ce tort.
n'en parlons plus. Au reste , on nous menace fort ;
Sur un avis reçu , je crains une surprise. I). A m AS.
Les Maures contre vous font-ils quehiuc entreprise ?"
Sosent-ils préparer à des efforts nouveaux ? LK noi.
Vers la bouche du fleuve on a vu leurs vaisseaux ;
Et vous n'ignorez pas (ju'avcc fort peu île peine ,
Un Uux de pleine mer jusqu'ici les aniùne.
D. AlilXS.
Tant de combats perdus leur ont ôlc le cour D'attaquer ddwrmais un si puissant vainqueur.
i.i; Hoi.
N'importe , ils ne sauraient (|u'avecque jalousie Voir mon sceptre anjourdlmi ngir TAndalousic ; Kl (;('i.a>s si beau qin; j'ai coïKinis sur eux. Ilcvcilh! il tou^iiioiiieni>' I<;urs desseins f^cmicux.