‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 348 sur 355 · ACTE V, SCENE II F · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II F

Qu'elle a pris sur mon ame un absolu pouvoir,

De Lucrèce, en un mot : vous la pouvez connaître...

GÉRONTE

Dis vrai : je la connais, et ceux qui Font l'ait naitr.. : Son père est mon ami.

DORANTE

Mon cœur en un moment Étant de ses regardii charmé si puissamment, Le choix que vos bontés avaient fait de Clarice, Sitôt que je le sus, me parut un supplice : Mais comme j'ignorais si Lucrèce et son sort Pouvaient avec le vôtre avoir quelque rapport. Je n'osais pas encor vous découvrir la flamme Que venaient ses beautés d'allumer dans mon âme ^ : Et j'avais ignoré, monsieur, jusqu'à ce jour Que l'adresse d'esprit fût un crime en amour ^ Mais si je vous osais demander quelque grâce, A présent que je sais et son bien et sa race. Je vous conjurerais, par les nœuds les plus doux Dont l'amour et le sang puissent m unir à vous, De seconder mes vœux auprès de cette belle ; Obtenez-la d'un père, et je l'obtiendrai d'elle.

GÉROMK.

Tu me fourbes encor.

DORANTE

Si vous ne m'en croyez, (k*oyez-en pour le moins Cliton, que vous voyez; 11 sait tout mon secret.

Vers supprimés par Corneille :

Et vous oyais parler d'un ton si résolu Que je craignis sur riicurc un pouvoir absolu : Ainsi donc , vous croyant d'une humeur iiifloxiMe , Pour rompre cet hymen , jr le fis inipossiM»-.

\ AH. Ouc la dextérité lïit un crime <'n amour.

GÉRONTE

Tu ne meui's pas de honte Qii il faille que de lui je fasse plus de compte, Et que ton père méme^ en doute de ta foi^ Donne plus de croyance à ton valet qu'à toi ! Écoute : je suis hon, et, malgré ma colère, Je veux encore un coup montrer un cœur de père; Je veux encore un coup pour toi me hasarder. Je connais ta Lucrèce, et la vais demander; Mais si de ton côté le moindre obstacle arrive...

DORANTE

Pour vous mieux assurer, souffrez que je vous suive

GÉRONTE

Demeure ici, demeure, et ne suis point mes pas :

Je doute, je hasarde, et je ne te crois pas.

Mais sache que tantôt si pour cette Lucrèce

Tu fais la moindre fourbe ou la moindre finesse.

Tu peux bien fuir mes yeux, et ne me voir jamais;

Autrement souviens-toi du serment que je fais :

Je jure les rayons du jour qui nous éclaire

Que tu ne mourras point que de la main d'un pèic

Et que ton sang indigne à mes pieds répandu

Rendra prompte justice à mon lionneur perdu.

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