D'AIGUILLON
Madame ,
Ce portrait vivant que je vous offre représente un héros assez reconnaissable aux lauriers dont il est couvert. Sa vie a été une suite continuelle de victoires; son corps, porté dans sou armée , a gagné des batailles après sa mort ; et son nom , au bout de six cents ans, vient encore triompher en France. il y a trouvé une réception trop favorable pour se repentir d'être sorti de son pays , et d'avoir appris à parler une autre langue que la sienne. Ce succès a passé mes plus ambitieuses espérances , et m'a surpris d'abord ; mais il a cessé de m'étonner depuis que j'ai vu la satisfaction que vous avez témoignée quand il a paru devant vous. Alors j'ai osé me promettre de lui tout ce qui en est arrivé, et j'ai cru qu'après les éloges dont vous l'avez honoré , cet applaudissement universel ne lui pouvait manquer. Et véritablement, Madame, on ne peut douter avec raison de ce que vaut une chose qui a le bonheur de vous plaire; le jugement que vous en faites est la marque assurée de son prix : et comme vous donnez toujours hbéralernent aux véritables beautés l'estime qu'elles méritent, les fausses n'ont jamais le pouvoir de vous éblouir. ^lais votre générosité ne s'arrête pas à des louanges stériles pour les ouvrages qui vous agréent : elle prend plaisir à s'étendre utilement sur ceux qui les produisent, et ne dédaigne point d'employer en leur faveur ce grand crédit ^ que votre qualité et vos
* Marie -Madeleine de Vignerot, lille de la sœur du cardinal et de René de Vignerot, seigneur de Pont-Courley. Elle épousa le marquis du Roure de Combalet, et fut dame d'atours de la reine; elle fut duchesse d'Aiguillon, de son chef, sur la (in de 16;}7. (V.)
* La duchesse d'Aiguillon avait un très-grand crédit, en effet, sur son