SCÈNE M
D. FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, h. SANCHE, D. ALONSE, GHIMENE. ELVIRE.
CIIIMÈNE.
Sire, il nV^st plus besoin de vous dissimuler
Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer.
J'aimais, vous l'avez su; mais, pour venger mon père,
J'ai bien voulu proscrire une tête si cbrre :
Votre majesté, sire, elle-même a pu voir
Comme j'ai fait céder mon amour au devoir.
Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée
D'implacable ennemie en amante affligée.
J'ai du cette vengeance à qui m'a mise au jour.
Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour.
Don Sanche m'a perdue en prenant ma défense ;
Et du bras qui me perd je suis la récompense!
Sire, si la pitié peut émouvoir un roi,
De grâce , révoquez une si dure loi ;
Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime ,
Je lui laisse mon bien; qu'il me laisse à moi-même -;
Qu'en un cloitre sacré je pleure incessamment,
Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant.
' La scène se terminait d'abord par les quatre vers suivants , qui no se trouvent que dans les éditions de 4637 , 1639 et 16'»4 :
Qu'à tes yeux ce récit tranche mes tristes jours. Va , va , je mourrai bien sans ce crnelsecours ; Abandonne mon âme au mal qui la possède : Pour venger mon amant je ne veux plus qu'on m'aide.
^ Imit. Conténtesc con mi hacienda ,
Que mi pcrsona, scnor, Llcvaréla â un monasteiio.
N6 LE CÎD.
D, DIÈGUK.
Eiilin eUe aime, sire, et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour légitime.
D. FERX.WD,
Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, VA (Ion Sanche vaincu Ta fait un faux rapport.
p. SANCUE.
Sire, un peu trop d'ardem* malgré moi l'a déçue :
Je venais du coml)at lui raconter l'issue.
Ce généreux guerritn' dont son cœur est charmé,
« Ne crains rien (m'a-l-il dit, quand il m'a désarmé
« Je laisserais plutôt la victoire incertaine,
« Que de répandre un sang hasardé pour Chiméne;
« Mais puisque nion devoir m'appelle auprès du roi
« Va de notre combat l'entretenir pour moi,
« De la part du vainqueur lui porter ton épée ' ^^
Sire, j'y suis venu : cet objet Ta trompée;
Elle m'a cru vainqueur, me voyant de retour,
Et soudain sa cob'^re a trahi son amour
Avec tant de transport et tnnt d'jmpati<'nce ,
Que je n'ai pu gagner un moment d'aïKrhMK'e.
Pom^ moi, bien (pie vaincu, je me répute heur, u\;
Et malgré Tinté^rèt de mon cœur amoureux,
Perdant intiniment, j'aime encor ma défaite .
Uni fait le l>eau succès d'une amour si parlait*'
I). FERNAM).
Ma lillr, il ne faut point rougir d'un si ln.iii Ini ,
Ni chercher les moyens d'en fairr nii ({('savcn;
Une louable honte (^n v;»in t'<Mi sollicite;
Ta gh)ire est dégag.''*e, et Um devoir est «piittr;
Ton père (;st satisfait, et c'était le venger
Oiir mctti'c tîint dr ("ois ton liodriiiiie ru daiiL-vi'.
' \ AU. Ofliil .1 '<«'< i;<'li(tnx 1,1 Ml' i( l<»ii r\u-r