CAMILLE, JULIE
CAMILLE
Qu'elle a tort de vouloir que je vous enlretieunc ' ! Croit-elle ma douleur moins vive que la sienne , Et que , plus insensible X de si grands malheurs, A mes tristes discours je mêle moins de pleurs? De pareilles frayeurs mon Ame est alarmée ; Comme elle je perdrai dans Tune et l'autre armée. Je verrai mon amant ;, mon plus uirKjue bien, Mourir pour son pays, ou détruire le mien ; Et cet objet d'amour devenir, pour ma peine, Digne de mes soupirs, ou digne de ma haine"-, ïlélasî
JULIE
Elle est pourtant plus à plaindre que vous. On peut clianger d'amant, mais non changer d'époux. ()ul)liez Curiace, et recevez Valère , Vous n(^ tremblerez plus pour \(\ p.uli contraire, Vous serez loule noire, et votre esprit remis N'aura plus rien à perdre au camp des ennemis.
CAMILLE
Donnez-moi des conseils qui soient plus légilimes , Et ]>l.'iignez mes malheurs sans m'ordonner des crimes QMoi<pi'à p<'ine i\ mes maux je puisse résister, J'.iinic mieux h's souffrir que de les nn'i'ilci'.
Quoi! vous appelez crinte un chang(^ r.iisonnjibh;?
VMi. ronn|ii<)i hiir «•» vdiilnir f|ij<' jr vous rjilrctici Vaii. On (liRiic Ht" mt-s itlciiiH, ou dif^uc «le m.i li.iiiir.
ACTK 1, SCENE lï. !4;
CAMILLE
Quoi! le manque do foi vous semble [)aràonna])le? Envers un ennemi , qui peut nous obliger ^■?
CAMILLE
D'un serment solennel qui peut nous dégager?
JULIE
Vous déguisez en vain une chose trop claire : Je vous vis encore hier entretenir Yalèrc ; Etraccueil gracieux qu'il recevait de vous Lui permet de nourrir un espoir assez doux -.
CAMILLE
Si je Tentretins hier et lui fis bon visage , N'en imaginez rien qu'à son désavantage ; De mon contentement un autre était Tobjet. Mais pour sortir d'erreur sachez-en le sujet ; Je garde à Curiace une amitié trop pure Pour souffrir plus longtemps qu'on m'estime parjure- Il vous souvient qu'à peine on voyait de sa sœur Par un heureux hymen mon frère possesseur, Quand, pour comble de joie , il obtint de mon père ^ Que de ses chastes feux je serais le salaire. (^.e jour nous fut propice et funeste à la fois ; Unissant nos maisons, il désunit nos rois; Un môme instant conclut notre hymen et la guerre, Fit naître noire espoir et le jeta par terre, Nous ôta tout sitôt qu'il nous eut tout promis , Et, nous faisant amants, il nous fit ennemis. Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes!
' V\i'.. Envei-s un ennemi, (|ui nous peut obliger?
- V VR. Lui permet de nourrir un espoir bien plus doux.
^ V\u. Oucl([ue cinq ou six mois après que de sa sertir L'hyniénée eut rendu nion frère possesseur (Vous lesavez , Julie) , il obtint de mon père.
Combien contre le ciel il vomit de blasphèmes!
Et coml^ien de ruisseaux coulèrent de mes yeux !
Je ne vous le dis point, vous vîtes nos adieux;
Vous avez vu depuis les troubles de mon àme :
Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamme
Et quels pleurs j'ai versés à chaque 4^vénement,
Tantôt pour mon pays, tantôt pour mon amant.
Enfin mon désespoir, parmi ces longs obstacles ,
M'a fait avoir recours ti la voix des oracles.
Écoutez si celui qui me fut hier rendu
FCut droit de rassurer mon esprit éperdu.
Ce Grec si renommé, qui depuis tant d'années
Au pied de l'Aventin prédit nos destinées,
Lui qu'Apollon jamais n\n fait parler à faux,
Me promit par ces vers la fin de mes travaux :
(( Albe et Home demain prendront une autre face;
a Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix ,
<( Et tu seras unie avec ton Curiace,
« Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais.
,1e pris sur cet oracle une entière assurance ;
Et, comme le succès passait mon espérance,
.rabandonnai mon îYme à des ravis.senients
Qui passaient les transports des plus heureuv amants.
Jugez de leur excès! je rencontrai Valère ,
Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire ;
Il me |)arla d'amour sans me donner d'ennui :
J(; ne ni'apeirus pas fjue je parlais à lui;
Je ne lui pus montrer de; m<'|)ris ni de glac^ :
Tout ce que je voyais me semblait Curiace ;
Tout ce qu'on me disait me [)arlait de ses feux;
Tout ce que je disais l'assurait de mes vo^ix.
J^e combat général aujourd'hui se hasarda;
J'en sus hier la nouvelle, <•! je n'y pi'is p.is gard<'*
Mon esprit i-ejetait ces lunesles objeis,