RONT
Je voudrois le pouvoir, j'y serois disposé :
Mais le roi, qui peut tout, auroit peine à le faire.
Le père médecin , l'aïeul apothicaire ,
Le bisaïeul peut-être encor moins que cela;
Qui diable seroit noble à descendre de là?
Pour remplir vos désirs il faut faire un prodige ,
Je ne puis.
M. MICHAUT
Greffez-moi sur quelque vieille tige.
Cherchez quelque maison dont le nom soit péri; Ajoutez une branche à quelque arbre pourri : Enfin pour m'obliger inventez quelque fable; Et ce qui n'est pas vrai rendez-le vraisemblable. Un homme comme vous doit-il être en défaut?
orqnte.
Et comment, s'il vous plaît, vous nommez- vous?
M. MICHAUT
Michaut.
Ce nom-là n'est point noble, assurément.
M. MICHAUT
Qu'importe?
ORONTE
Micliaut? un gentilhomme avoir nom île la sortei" Cela ne se peut pas, vous ilis-je.
M. MICHAUT
Pourquoi non?
Croyez-vous qu'à la cour chacun ait son vrai nom? De tant de (grands seigneurs dont le mérite brille. Combien ont abjuré le nom de leur famille? Si les morts reveuoient ou d'en haut ou d'en bas, Les pères et les fils ne se connoitroient pas : Le seigneur d'une terre un peu considérable En préfère le nom à son nom véritable; Ce nom de père en fils se perpétue à tort. Et cinquante ans après on ne sait d'où l'on sort. .. Je n'escroquerai point vos soins ni vos paroles; J'ai certain diamant de quatre-vingts pistoles...
ORONTE
Je vous l'ai déjà dit, monsieur, aucun appas Ne me fera jamais dire ce qui n'est pas.
M. MICHAUT
Parbleu, tant pis pour vous d'être si formaliste. Adieu. Je vais trouver un généalogiste , Qui pour quelques louis que je lui donnerai Me fera sur-le-champ venir doù je voudrai.
ORONTE, seul.
Qui jamais de noblesse a vu source moins pun J" Médecin !