L'ALOUETTE ET LE PAPILLO
Autrefois une alouette , Qu'airaoit un riche coucou , Épousa , par amourette , l'n fort beau papillon, qui n'avoit pas un sou. Outre beaucoup d'indigence,
i58 LES FABLES D'ÉSOPE.
Il avoit tant d'inconstance , Qu'il muguetoit les fleurs et les poussoit à bout. Rien ne pouvoit fixer ni ses vœux ni sa flamme;
Cependant sa pauvre femme
Avoit disette de tout.
Elle connu bientôt, quoique trop tard pour elle, Que, lorsqu'on veut s'unir pour jusques au tombeau.
Un époux inconstant et beau
>*'en vaut pas un laid et fidèle.
Dans 1 âge où me voilà , je ne suis pas si fou
Que je ne sache bien que je suis le coucou :
Je suis laid , mais enfin je fais une figure
Qui me venge du tort que m'a fait la nature ;
Et quoi que mon rival vous promette aujourd'hui,
Vous serez plus heureuse avec moi qu'avec lui.
Pesez ce que je dis , sans aigreur ni rancune.
EUPHROSINE
Il est vrai qu'avec vous j'aurois plus de fortune;
Mais lorsqu'à l'amour seul un cœur est destiné.
Quand il a ce qu'il aime, est-il infortuné?
Ne ilésunissez point deux cœurs faits l'un pour l'autre :
Il est d'autres objets bien plus dignes du votre;
La grandeur que je fuis sera plus de leur goût.
Et mon cher .Agénor me tiendra lieu de tout.
Je uiourrois de douleur, s'il m'étoit infidèle;
Mais pour le devenir, il a l'ame trop belle;
Le plus grand des chagrins que nous puissions avoir.
C'est d'être l'un et l'autre un moment sans nous voir.
Vous donnez des leçons que tout le monde admire;