LE CORBEAU ET LE RENARD
Un oiseau laid { c'est moi ) qu'on nomme le corbeau.
Tenant en son bec un fromage , Un renard fin (c'est vous ), pour lui tendre un panneau, Le salue humblement, et lui tient ce langage : "■ Que vous êtes un bel oiseau !
« Mou Dieu, l'agréable plumage!
« Je crois que votre ramage Il Est pour le moins aussi beau ,
i64 LES FABLES D'ÉSOPE.
"< Et qu'on ne sauroit voir un plus parfait ouvrage.
« Si l'on vous entendoit fredonner quelques airs, « On enverroit l'aigle paître, « Et les habitants des airs « Vous accepteroient pour maître. "
Le crédule corbeau qui se laisse entêter,
A la tentation facilement succombe :
Il ouvre le bec pour chanter.
Et d'abord le fromage tombe.
Pendant qu'il eu soupire et de rage et d'ennui,
L'autre gobe la proie et se moque de lui.
Voilà comme à peu près , en marchant sur sa piste ,
Feroit à mon égard le généalogiste ,
Si de sa flatterie il m'avoit infecté.
Et que de son venin mou cœur fût empesté.
Je dis ce mot exprès, car il n'est point de peste
Qui soit plus dangereuse et qui soit plus funeste
Que l'appât décevant, le poison séducteur.
Que répand chaque jour la bouche d'un flatteur.
M. DOUCET
Il est vrai qu'un flatteur est un monstre effroyable.
Ésope.
Eh! pourquoi l'es-tu donc, adulateur au diable? Pourquoi , dis ?
M. DOUCET
Je le suis à mon corps défeiidant :
Si je ne l'etois pas, je serois imprudent. C'est par ce seul endroit que les grands s'amadouent :