‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 107 sur 228 · ACTE III, SCENE V. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V. i

Ils ne souffrent près d'eux que des gens qui les louent; Ils veulent qu'on appelle, et n'en sont point confus, Leurs défauts qualités, et leurs vices vertus. A qui veut s'avancer c'est la plus sûre route. Puisque c'est leur plaisir, qu'est-ce que cela coûte? Et quand ils ont des mets suivant leurs appétits. Qui doit-on eu blâmer, des grands ou des petits?

ÉSOPE

S'il n'étoit des flatteurs que le diable fait naître , Les grands qui sont flattés se passeroicnt de l'être; Et faute d'encenseurs pour les défauts qu'ils ont, Ils s'accoutiinieroient à se voir tels qu'ils sont. Ils verroient bien souvent, par leur esprit aride. Qu'un noble sans science est un cheval sans bride , Qui n'étant retenu ni par mors ni par frein. S'abandonne à sa fougue et prend un mauvais train. Mais, pour empoisonner un jeune gentilhomme, Que divertit la chasse et que l'étude assomme. On lui met dans l'esprit que rien n'est si galant Que l'innocent plaisir de tirer en volant; Que d'uu noble effectif c'est la pente secrète, Que c'est pour les pédants que la science est faite : Et pour toutes vertus , par la suite des ans. Il chasse , il boit, il joue, et bat des paysans. Ce noble, enseveli dans un fond de province, A charge à sa patrie, inutile à sou prince, Sans l'état malheureu.ï où les flatteurs l'ont mis , Feroit grâce aux perdreaux, et peur aux ennemis. Par une indignité , qu'on peut nommer atroce.

i66 LES FABLES D'ÉSOPE.

Vous m'avez flatté , moi , jusqu'à louer ma bosse ;

Il faut être corbeau pour donner là-dedaus.

M. D ou CET.

J'ai cru que vous aviez la foiblesse des grands. J en sais de contrefaits, bien plus que vous ne l'êtes, Que je vois applaudir sur leurs tailles bien faites. Viuyt petits près d'un grand sont vingt approbateurs.

ÉSOPE

Moi qui ne flatte point et qui hais les flatteurs. J'ai, pour vous obliger, un service à vous rendre.

M. DOUCET

Oh!...

ÉSOPE

Je vous avertis que vous vous ferez pendre.

M. DOUCET

Moi, monsieur?

ÉSOPE

Oui, vous-même, en propre original.

M. DOUCET

J'oblige tout le monde , et ne fais point de mal.

ÉSOPE

Ces blasons frauduleux, ajoutés à des vitres, Contre les droits du roi sont autant de faux titres; Et l'intervalle est bref de faussaire à pendu.

M. DOUCET

Monsieur, peut-être ailleurs êtes-vous attendu :

Je ne vous retiens point; c'est assez que j'obtienne...

ÉSOPE

Non. Mais vous craignez, vous, que je ne vous retienne.

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