‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 136 sur 228 · LE LOUP ET L'AGNEAU · texte numérisé non relu

LE LOUP ET L'AGNEAU

Un loup se trouvant à boire

Où buvoit un jeune agneau.

Eut d'abord l'ame assez noire

Pour lui vouloir faire accroire

Qu'il avoit troublé sou eau :

•> Qui te reud si téméraire?

Lui dit ce traître, en courroux.

L'agneau , qui justement craiut sa dent sanguinaire. Prenant, pour le toueher, un ton flatteur et doux : •I Eh ! comment, monseigneur, cela se peut-il faire? «Je me suis, par respect, mis au-dessous de vous. « J'ai toujours sur le cœur une vieille querelle, •

Bépondit la béte cruelle, « Où tu te déclaras mon mortel ennemi : « Depuis sis mois entiers j'en cherche la vengeance. • « Je n'ai, répond l'agneau , que deux mois et demi : « Comment pouvois-je alors vous faire quelque offense? — « Ta mère , qui me hait , et qui ne sait pourquoi , « Hier , par deux matins, me fit long-temps poursuivre. —

■• Ma mère cessa de vivre ,

u Quand elle accoucha de moi. —

« C'est donc ton père? — Mon père « Du boucher inhumain a senti la fureur. —

« C'est donc ta sœur ou ton frère. —

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