LE LOUP ET L'AGNEAU
Un loup se trouvant à boire
Où buvoit un jeune agneau.
Eut d'abord l'ame assez noire
Pour lui vouloir faire accroire
Qu'il avoit troublé sou eau :
•> Qui te reud si téméraire?
Lui dit ce traître, en courroux.
L'agneau , qui justement craiut sa dent sanguinaire. Prenant, pour le toueher, un ton flatteur et doux : •I Eh ! comment, monseigneur, cela se peut-il faire? «Je me suis, par respect, mis au-dessous de vous. « J'ai toujours sur le cœur une vieille querelle, •
Bépondit la béte cruelle, « Où tu te déclaras mon mortel ennemi : « Depuis sis mois entiers j'en cherche la vengeance. • « Je n'ai, répond l'agneau , que deux mois et demi : « Comment pouvois-je alors vous faire quelque offense? — « Ta mère , qui me hait , et qui ne sait pourquoi , « Hier , par deux matins, me fit long-temps poursuivre. —
■• Ma mère cessa de vivre ,
u Quand elle accoucha de moi. —
« C'est donc ton père? — Mon père « Du boucher inhumain a senti la fureur. —
« C'est donc ta sœur ou ton frère. —