‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 172 sur 228 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

N'en perdez pas un mot, tout en est profitable. LE FIGUIER FOUDROYÉ.

Près de Lesbos fut jadis un figuier Qui rapportoit le plus beau l'ruit du monde. Planté sur le bord d'un vivier, Il se lavoit les pieds dans l'onde.

Tous les oiseaux d'alentour Se donnoient rendez-vous sous son épais feuillage; Et tant que duroit le jour Us y chantoient leur amour.

Et bénissoieiit son ombrage.

Mais, comme dans le monde il n'est rien de certain , Et que c'est une mer qui n'est point sans naufrage.

Après un temps calme et serein , Il survint tout-à-coup uu furieux orage. Les vents en un moment agitèrent les airs; Il sembloit que la pluie inonderoit la terre :

Enfin après beaucoup d'éclairs , Le figuier malheureux fut frappé du tonnerre. Les oiseaux, effrayés d'entendre un si grand bruit. Dans le hameau prochain vont chercher uu asile; Et l'orage passé chacun d'eux s'entre-suit, Pour venir habiter son premier domicile. Mais l'arbre, qui pour eux avoit eu tant d appas. Accablé sous le faix d'une telle disgrâce,

Avoit si fort changé de face Qu'on ne le reconnoissoit pas.

Les premiers qui le reconnurent Furent un milan , un autour.

Qui l'insultèrent tour-à-tour, Et, pour ne le point voir, à l'instant disparurent.

« Suivez-nous, et vous ferez bien, »

Dirent-ils aux oiseaux qu'ils crurent pitoyables. « Ce figuier, désormais au rang des misérables , i< Ne peut plus nous servir à rien. » « Pour moi , dit une tourterelle.

Connue aux environs pour un oiseau d'honneur,» •1 Je prétends partager sa fortune cruelle , i< Puisque j'ai partagé ce qu'il eut de bonheur. » " Il m'a tant fait de bien , reprit une colombe , « Que je m'en souviendrai toujours.

" Je veux être avec lui le reste de mes jours

•< Dans quelque disgrâce qu'il tombe. » " Plût au ciel pouvoir par mes chants, • Ajouta tendrement un rossignol hal)ile , « Lui rendre ses attraits, et forcer les méchants a A revenir un jour lui demander asile! •> Combien au tableau qui paroît En voit-on qui sont tout semblables?

c'est ainsi que l'on reconnoît Les faux amis des véritables.

Jamais votre portrait ne fut mieux en son jour: Vous êtes, vous et lui, le milan et l'autour. Qui voyant du figuier le destin déplorable ,

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