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ACTE II, SCÈNE V. aCS

Je ne puis qu'à moi seul en imputer la faute : Un destin plus cruel me fût-il préparé , C'est moi qui , sans raison , me le suis attiré : De ma témérité je reçois le salaire.

ÉSOPE

Crésus est trop boa roi pour garder sa colère. Votre crime envers lui n'est pas grand, que je crois.

IPHIS

En fait-on de petits quand on déplait aux rois?

Hier, dans un festin, dont j'eus le malheur d'être,

Crésus ayant mis bas la qualité de maître.

Et nous regardant tous ainsi que ses égaux,

Voulut qu'en liberté l'on se dît ses défauts.

Quand, pour se divertir, il nous eut dit les nôtres,

Voulant être traité comme il traitoit les autres.

J'eus l'indiscrétion, en lui disant les siens ,

De les trouver plus grands qu'il n'avoit fait les miens.

Je lui dis qu'un grand roi, qui veut qu'on le renomme,

Jusque dans ses défauts doit avoir du grand homme;

Et qu'avoir pour le vin plus d'amour qu'il ne faut.

Est un vice trop bas dans un degré si haut.

« Pour vous montrer, dit-il d'un air fier, mais auguste,

« Que jamais dans le vin je ne fais rien d'injuste,

" Lorsqu'un sujet s'oublie et trahit son devoir,

« Je reprends mes bontés et ne veux plus le voir.

« Boire comme je fais n'est pas un trop grand vice,

« Puisqu'après avoir bu je rends si bien justice.

" Retirez-vous. »

ÉSOPE

th quoi! pour un vieux courtisan ,

Vous-même de vos maux vous êtes l'artisan? Pour reprendre les rois, sans craindre leurs murmures, Il Faut bien d'autres soins et bien d'autres mesures; C'est un sentier étroit qui, de chaque côté, Présente un précipice à la sincérité.

Les rois et les flatteurs étant de même date. Il n'est dans l'univers aucun roi qu'on ne flatte; Et qui dans leurs plaisii's a l'honneur d'avoir part. S'il reprend leurs défauts , le doit faire avec art. Il faut, plein du respect que leur présence inspire , Les leur faire sentir, et non pas les leur dire; Et prendre garde encore en risquant ces leçons , Qu'ils ne counoissent pas que nous les connoissons. Il n'est rien près du roi que pour vous je ne fasse : Mais n'oubliez jamais , si j'obtiens votre grâce, Qu'eussions-uous l'un et l'autre encor plus de pouvoir, Nous sommes des jetons que le roi fait valoir. Comme souverain maître , à qui tout est facile , Il nous fait valoir un , ou nous fait valoir mille; Et suivant que son choix nous poste mal ou bien. Nous sommes quelque chose ou nous ne sommes rien. Sur-tout , souvenez-vous, dans tout ce que vous faites, De n'abuser jamais de la place où vous êtes: La fortune en aveugle ouvre ou ferme la main; Et puissant aujourd'hui, l'on ne l'est pas demain. Pour vous rendre sensible aux raisons que j'étale. J'y vais d'un apologue ajouter la morale.

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