‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 177 sur 228 · LA GUENON ET SON MAITRE · texte numérisé non relu

LA GUENON ET SON MAITRE

FA BLE

Du grand seigneur avoit une guenon Qui lui sembloit si jolie Qu'il l'aimoit à la folie :

A ce qu'elle vouloit on n'osoit dire non. Elle lui demanda s'il auroit agréable

Qu'elle s'assît sur un coin de sa table : « Oui, dit-il, ce plaisir me semblera bien doux. « Trouverez- vous bon , lui dit-elle , « Que, donnant l'essor à mou zèle , « Je saute quelquefois sur vous? »

Pour laisser un champ libre à ses badineries, Il consentit sans peine à ce manege-là. Je ne vous dirai point combien de singeries

Elle fit après cela.

Je dirai seulement que, flattée, applaudie,

Qu'elle eût tort ou qu'elle eîit raison , La guenon , un peu trop hardie , Oublia qu'elle étoit guenon.

Loin d'avoir pour son maître une sincère attache, Devenue orgueilleuse à le voir complaisant. Un matin , en le baisant , Elle arracha la moustache D'un maître si bienfaisant, .1 Ah ! perfide, dit-il , qui t'oses méconnoître, " J'ai pour ton insolence un châtiment tout prêt :

a68 ÉSOPE A LA COUR.

« Dans un moment tu sauras ce que c'est " Que d'abuser des bontés de "son maître. »

Llle eut beau de son crime étaler les remords.

Et pour rentrer en grâce employer les prières. Après vingt coups d'étrivières, Elle fut mise dehors.

Comme, en toute rencontre, elle étoit malhonnête.

Chacun avec plaisir la vit humilier.

Tel est auprès des rois , où la grandeur entête ,

Le sort des favoris qui s'osent oublier.

Quelque soumission que cette fable inspire , J'aurois sur ce sujet encor beaucoup à dire ; Mais comme votre grâce est mon plus doux espoir. Je vais trouver Crésus et faire mon devoir.

FIN DU SECOND ACTE

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