ACTE 111, SCENE IV
« Je viens pour la liqueur, et non pas pour le vase. " Le corps , quel qu'il puisse être , est l'ouvrage d'autrui; " Mais la vertu d'un homme est son ouvrage à lui, » Et je croirois lui faire une injustice extrême, « Si je ne le voyois par son mérite même.
« Quand j'aurois un mérite à vous frapper les yeux, .1 Ne le devrois-je pas à la bonté des dieux?
I PHICR AT E.
" Des dieux ? bon !
ÉSOPE
Comment bon ?
Eh quoi ! vous qu'on renomme, « Vous avez la foiblesse et l'erreur d'un autre homme ! « Vous croyez donc devoir votre mérite aux dieux?
ÉSOPE
« Avant que vous et moi nous nous expliquions mieux , « Avec qui, s'il vous plaît, ai-je ici l'honneur d'être?
IPHICRATE
« On me nomme Iphicrate, et vous m'allez connoître. « Je ne sais ici-bas d'autre félicité •< Que dans une flatteuse et douce volupté; << Non dans la volupté dont le peuple s'entête, <• Qu'on évite avec soin , pour peu qu'on soit honnête , « Et qui , pour des plaisirs peu durables et faux, •' Cause presque toujours de véritables maux. '< J'appelle volupté proprement ce qu'on nomme « Ne se reprocher rien et vivre en honnête homme,
« Appuyer l'inûocent contre l'iniquité ,
« Briller moins par l'esprit que par la probité,
« Du mérite opprimé réparer l'injustice,
« Ne souhaiter du bien que pour rendre service ,
« Etre accessible à tous , par son humanité :
« Non, rien n'est comparable à cette volupté.
ÉSOPE
'< Votre plaisir est grand, je n'en fais point de doute, « A suivre une si juste et si charmante route. «Je ne vous cèle point que je suis enchanté « De cette délicate et pure volupté.
« Je rends grâces aux dieux...
IPHICRATE
Eh quoi ! les dieux encore?
« Lcdssez là ces beaux noms , que le vulgaire adore. « Peut-on être si foible avec tant de raison?
ÉSOPE
« Vous ne croyez donc pas qu'il soit des dieux?
IPHICRATE
Moi? non.
« Et vous ne le croyez non plus que moi, je pense?
ÉSOPE
n Vous le conjecturez avec peu d'apparence.
<• Sur quoi vous fondez-vous pour n'en pas croire?
IPHICB ATE.
Moi?
« Sur quoi vous fondez-vous pour en croire?
ÉSOPE
Sur quoi ?
« J'ai,vous n'eu doutez point, pour moi le plus grand nombre.