LÉONIDE, ÉSOPE
LÉONIDE
Cachez bien , s'il vous plaît , ce que je vous annonce , Mon cher monsieur : je l'aime; et quoi qu'elle m'ait fait. Si je lui faisois tort , j'en aurois du regret ; Je le sens bien.
ÉSOPE
D'où vient qu'elle vous est si chère?
LÉONIDE
Pour m'a voir méconnue, en suis-je moins sa mère?
ÉSOPE
Vous sa mère ?
LÉONIDE
Oui , monsieur. Si cet aveu lui nuit.
a88 ÉSOPE A LA COUR.
Je consens, avec joie , à n'eu faire aucun bruit. Après l'avoir pleurée , et cru sa mort certaine , Un marchand de Sardis qui vint à Clazoméue, Au bout de quatorze ans m'ayant appris son sort, Je pars , je cours, j'arrive , et fais naufrage au port. Pour le prix de mes soins j'ai la douleur amère De trouver un enfant qui méconnoît sa mère; Et, contrainte à partir pour retourner si loin. J'implore vos bontés dans le dernier besoin. Pardon , si jusqu'à vous ma douleur est venue !
ÉSOPE
Rhodope est votre fille, et vous a méconnue ! Est-il bien vrai? vos yeux en sont-ils les témoins, Et n'y mélez-vous rien , ou du plus ou du moins? Quelles fausses raisons colorent cet outrage?
Je suis pauvre, elle est riche; en faut-il davantage? Elle a peur que ma vue infecte sa maison. C'est tout.
ÉSOPE, à part.
La pauvre femme a peut-être raison.
Rhodope n'est pas seule , en sa bonne fortune , Qui d'un pauvre parent fuit la vue importune. Il n'est pas sous le ciel de gens plus malheureux Que ceux dont les enfants sont plus élevés qu'eux. Qu'un homme de finance ait anobli sa race , Eu l'avouant pour père on croit lui faire grâce; Et qu'un riche marchand fasse un fils conseiller, Ce fils en le voyant craint de s'encanailler. L'a mépris infaillible est le digne salaire