‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 189 sur 228 · LÉONIDE, ÉSOPE · texte numérisé non relu

LÉONIDE, ÉSOPE

LÉONIDE

Boujour, monsieur.

ÉSOPE

Bonjour. Que voulez-vous, madame?

LÉONIDE

Eh ! monsieur, je ne suis qu'une bien pauvre femme; .Te n'ai point de parent , père , frère , ni sœur, Qui jamais ait été madame ni monsieur : J'ai loué cet habit pour paroître un peu brave; La Thrace est mou pays , et j'y suis née esclave. Ce que je vous apprends montre assez, que je croi. Qu'en m'appelant madame on se moque de moi.

ÉSOPE

Eh bien ! ma boune femme , à quoi vous suis-je utile? Qui vous fait de si loin venir en cette ville? J'écoute les raisons sans distinguer les rangs ; Et je crois me devoir plus aux petits qu'aux grands. Comme ils sont situés plus près de l'indigence, Leur besoin plus pressant veut plus de diligence. Si je puis vous servir ici, je le ferai. Y serez- vous long-temps?

r.ÉONIDË.

Le moins que je pourrai.

Sans vous de qui la vue adoucit ma disgrâce.

Je me repentirois d'avoir quitté la Thrace : J'ai bien pris de la peine et bien fait du chemin , Pour ne trouver au bout que mépris et chagrin.

ÉSOPE

Avez-vous de quelqu'un essuyé quelque injure ?

LÉONIDE

Oui , monsieurj et sans doute une qui m'est bien dure.

ÉSOPE

Et de qui?

LÉONIDE

D'une main de qui mon cœur déçu N'attendoit point du tout le coup qu'il a reçu, De Rhodope.

ÉSOPE

Rhodope! elle qui plaît, qui brille?

Rhodope, dites-vous?

LÉONIDE

Eh! bons dieux, quelle fille!

Elle vient de me faire un si cruel affront...

ÉSOPE

Elle, Rhodope?

LÉONIDE

Un jour les dieux l'en puniront...

J'en conçois par avance une douleur mortelle.

ÉSOPE, appelant.

Holà ! quelqu'un.

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