LÉONIDE, ÉSOPE
LÉONIDE
Boujour, monsieur.
ÉSOPE
Bonjour. Que voulez-vous, madame?
LÉONIDE
Eh ! monsieur, je ne suis qu'une bien pauvre femme; .Te n'ai point de parent , père , frère , ni sœur, Qui jamais ait été madame ni monsieur : J'ai loué cet habit pour paroître un peu brave; La Thrace est mou pays , et j'y suis née esclave. Ce que je vous apprends montre assez, que je croi. Qu'en m'appelant madame on se moque de moi.
ÉSOPE
Eh bien ! ma boune femme , à quoi vous suis-je utile? Qui vous fait de si loin venir en cette ville? J'écoute les raisons sans distinguer les rangs ; Et je crois me devoir plus aux petits qu'aux grands. Comme ils sont situés plus près de l'indigence, Leur besoin plus pressant veut plus de diligence. Si je puis vous servir ici, je le ferai. Y serez- vous long-temps?
r.ÉONIDË.
Le moins que je pourrai.
Sans vous de qui la vue adoucit ma disgrâce.
Je me repentirois d'avoir quitté la Thrace : J'ai bien pris de la peine et bien fait du chemin , Pour ne trouver au bout que mépris et chagrin.
ÉSOPE
Avez-vous de quelqu'un essuyé quelque injure ?
LÉONIDE
Oui , monsieurj et sans doute une qui m'est bien dure.
ÉSOPE
Et de qui?
LÉONIDE
D'une main de qui mon cœur déçu N'attendoit point du tout le coup qu'il a reçu, De Rhodope.
ÉSOPE
Rhodope! elle qui plaît, qui brille?
Rhodope, dites-vous?
LÉONIDE
Eh! bons dieux, quelle fille!
Elle vient de me faire un si cruel affront...
ÉSOPE
Elle, Rhodope?
LÉONIDE
Un jour les dieux l'en puniront...
J'en conçois par avance une douleur mortelle.
ÉSOPE, appelant.
Holà ! quelqu'un.