‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 215 sur 228 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ÉSOPE, CRÉSUS, TIRRÈNE, TRASYBULE.

CRESUS.

Ésope, Ou t'accuse en ce lieu de me manquer de foi. Je t'en veux croire seul. Me trompes-tu, dis?

ÉSOPE

Moi, Seigneur? De votre part ce soupçon m'est sensible ! Je ne vous ai point dit que je fusse infaillible. Peut-être , avec ardeur prenant vos intérêts , Ai-je pu me tromper, et vous tromper après; Mais d'aucune action je ne me sens capable Qui me puisse envers vous rendre un momeat coupable.

CRÉSUS

Et si je te convaincs, quand je me fie à toi , De me faire un secret contre la bonne foi , Que diras-tu?

3î2 ÉSOPE A LA COUR.

ÉSOPE

Seigneur, ce discours m'iuquiéte.

Moi, des secrets pour vous!

CRÉSUS

Et dans une cassette, Qui dans ton cadjinet conduit souvent tes pas. N'as-tu rien de caché^queje ne sache pas?

ÉSOPE

Eh 1 bons'dieux ! se peut-il que pour si peu de chose Vous ayez du chagrin, et que j'en sois la cause?

Je la veux voir.

ÉSOPE

Seigneur, daignez m'en dispenser, j'ai mes raisons.

CRÉSUS

Qu'enteuds-je? et que puis-je penser?

Quelles raisons as-tu que tu n'oses me dire?

TIRRÈNE.

Eh ! n'est-ce pas, seigneur, assez vous en instruire? Que voulez-vous de plus? Interdit et contraint. Le refus qu'il vous fait montre assez ce qu'il craint.

TR ASYBULE.

Seigneur, de la parole il a perdu l'usage :

Vous faut-il de son crime un plus grand témoignage?

s'il étoit innocent, pour sortir d'embarras.

Une fable à propos ne lui manqueroit pas ;

Mais de sa trahison la preuve est si facile

Qu'un si foible secours liii paroît inutile.

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