‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 32 sur 228 · ACTE 111, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE IV

ORONTE

Sans doute.

Je saurai de monsieur quel affront il redoute ; Il ne sortira point qu'il ne m'ait convaincu...

M. DE LA MOTTE

Puisqu'il faut m'expliquer , je crains d'être cocu.

CLAIRE

Impudent !

ORONTE

Supprimez ces discours téméraires.

M. DE LA MOTTE

Mon prétendu cousin, chacun sait ses affaires. Pouvez-vous m'empêcher d'avoir peur?

CÉCILE

C'est à tort; Mademoiselle est sage , a de l'honneur.

M. DE LA MOTTE

D'accord.

onoNTE.

Ses manières, son air, sa pudeur naturelle. Ce sont des cautions qui vous répondent d'elle.

M. DE LA MOTTE

Elle a plus de vertus encore que d'appas; C'est, je crois, dire assez qu'elle n'en manque pas. De quelque autre que moi qu'elle soit la conquête. Des dangers de l'hymen je garantis sa tête : Mais tout ce que j'entends , et tout ce que je vois. Pour in'appeler cocu semble prendre une voix. Écoutez quatre mots, sans aucune incartade, Et traitez-moi de fou , si j'ai l'esprit malade.

58 LE MEUCUIIE GALANT.

Ce fut jeudi dernier que l'enfer en courroux Du plaisir que j'aurois , si j'étois votre époux, Déchaîna contre moi tout ce qu'il crut capable De pouvoir me contraindre à me donner au diable. Ce jour-là, que depuis j'ai maudit mille fois, Ayant beaucoup marché sans dessein et sans choix , Je fus me reposer vers les bornes de pierre. Qui d'un jaloux voisin ont séparé ma terre, Pour rêver à mon aise au moment bienheureux Où l'amour dans vos bras rempliroit tous mes vœux. A peine étois-je assis sur une de ces bornes. Que deux gros limaçons me présentent les cornes : Plus je donnai de coups pour les faire rentrer, Plus ils prirent de peine à me les mieux montrer; Et de leur insolence ayant pris quelque ombrage, Je me levai sur l'heure et les tuai de rage, Étant persuadé qu'à moins d'un prompt trépas , Les affronts à l'honneur ne se réparent pas. Je venois en héros de venger mon injure, Quand par méchanceté, pour coufinner l'augure. Un misérable oiseau pensa me rendre fou A force de crier coucou, coucou, coucou. Enragé contre lui, mon fusil sur l'épaule. J'entre dans la forêt , et je cherche le drôle. Fortement résolu, pour venger mes soupçons, De lui faire éprouver le sort des limaçons. Mais zeste. Le coquin de branchage en branchage, De son maudit coucou redoubla le ramage. Et quatre coups en l'air , loin de l'épouvaiiter, Lui servirent d'appât pour le faire chanter.

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