‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 41 sur 228 · MADAME DE CALVILLE, ORONTE · texte numérisé non relu

MADAME DE CALVILLE, ORONTE

Min*= DE CALVILLE, en rfeUiV.

Monsieur, je suis votre servante.

Je vous suis inconnue et redevable.

ORONTE

A moi ,

Madame?

Mme DE CALVILLE.

Oui, monsieur, à vous-même.

ORONTE

Et de quoi?

En quelle occasion la fortune propice M'a-t-elle offert l'honneur de vous rendre service?

Miue DE CALVILLE.

Kii trois occasions, où \ous avez appris.

Mais galamment , la mort de trois de mes maris.

En lisant ces endroits, j'eus un plaisir extrême; Et comme je fis hier enterrer le quatrième, J'offre cette matière à votre heureux talent Pour en faire ua article au Mercure cjalant. Je lui dois de mes feux cette marque fidèle.

ORONTE

Pour un mari défunt c est montrer hien du zèle. Je ne m'étonne pas, après cette action , Qu'on brigue avec chaleur votre possession. A votre âge, madame, être quatre fois veuve , C'est de votre mérite une assez grande preuve. Sur un si bel exemple ou se doit écrier.

Mme DE CALVILLE.

On me parle déjà de me remarier:

Mais je tiens au défunt par de si fortes chaînes. Que je n'y veux penser de plus de trois semaines. Il verra si pour lui mes feux étoient constants.

Quoi! vous vous résoudrez à pâtir si long-temps, Madame? Je vous plains : cet effort est pénible.

Mme DE CALVILLE.

J'aimois feu mon mari; l'amour rend tout possible.

OROXTE.

Qui croiroit qu'une dame aussi jeune que vous

Eût eu le déplaisir de perdre quatre époux?

Comment ont fait vos yeux pour conserver leurs charmes

Après s'être occupés a verser tant de larmes?

Voir mourir ce qu'on aime est un sort si fatal...

.Mme DE CALVILLE.

De tous les maux du monde il n'en est point d'égal.

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