ACTE IV, SCÈNE III
Il faut pour en j)arler en avoir fait l'épreuve. J'avouerai, cependant, moi qui suis souvent veuve, Ou'au lieu de quatre fois j'aime mieux l'être neuf •Jue d'avoir le chagrin de faire uu mari veuf. Jo sais bien au surplus ce qu'il faut que je fasse ; ,)'ai pleuré le défunt avec assez de grâce : Pendant qu'il se mouroit , fidèle à mon devoir, J'apprenois à pleurer devant un grand miroir. Pour pleurer un mari d'une manière honnête, H faut négligemment savoir pencher la tête; Avoir la gorge nue, et laisser à dessein Couler, par-ci par-là, des larmes sur son seinj Éviter les hauts cris que la canaille jette; Avoir un air stupide, une douleur muette; Regarder son malheur avec tranquillité : Voilà comme l'on pleure en gens de qualité. Mais si quelque bourgeoise, ou simple demoiselle , Osoit pleurer de même, on se moqueroit d'elle.
ORONTE
Pour avoir le plaisir d'être pleuré de vous ,
On va briguer l'honneur de mourir votre époux.
Comment le nommoit-on?
Mine DE CALVILLE.
Le comte de Calville.
ORONTE
Je vais marquer sa mort du plus sublime style , Vous serez au Mercure avec distinction.
Mine DE CALVILLE.
Marquez-y bien l'excès de mon affliction ; Comme une tourterelle, à tous moments je pleure.
Si je me remarie, et que mon mari meure, Je viendrai vous l'apprendre et n'y manquerai pas.
0 HONTE, seul.
Que l'auteur du Mercure a de fous sur les bras ! Mais pendant qu'en ce lieu je me trouve tranquille, Mon cœur impatient de rejoindre Cécile... Ciel ! on vient mettre obstacle à mon empressement.