‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 70 sur 228 · ACTE I, SCENE I. m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. m

Je ris incognito d'abord fjue je le voi; Je ne puis m'en tenir, quelque effort que je fasse: Il n'est point de laideur que son museau n'efface; Et le reste au visage est si bien assorti Qu'il n'a membre eu son corps qui ne soit mal bâti. Celui qui le forma choisit un sot modèle.

LÉ ARQUE.

S'il lui fit le corps laid, il lui fit l'ame belle.

Plût aux dieux, tel qu'il est, qu'Euphrosine lui plût!

EUPHROSINE

Et si je lui plaisois quel seroit votre but , Mon père?

LÉARQUE.

Ignores-tu jusqu'où va ma tendresse, Et combien dans ton sort ton père s'intéresse? Jamais aucun plaisir ne m'a semblé si doux Que celui que j'aurois de le voir ton époux.

EUPHROSINE

Mon époux, juste ciel ! que venez-vous de dire?

DORIS

Bon ! ne voyez-vous pas qu'il nous veut faire rire?

LÉARQUE, à Doris.

Ésope, selon toi, n'est donc pas son fait?

DORIS

Non.

Pour épouser un singe il faut être guenon. Car, entre nous, monsieur, Ésope est un vrai singe : Celui qui vous est mort, quand il avoit du linge, Un justaucorps , des gants et son petit chapeau , Au gré de tout le monde étoit beaucoup plus beau;

Et, s'il faut qu'à vos yeux mon cœur se développe, Je l'aurois épousé plus volontiers qu'Ésope.

LÉARQUE.

s'il faut être animal pour mériter ta foi,

Le singe que j'avois étoit digue de toi.

Pour raoi,que l'esprit charme en quelque endroit qu'il brille

Je ne tiens point Ésope indigne de ma fille.

Donis.

Et quel diantre d'esprit trouvez-vous donc qu'il ait?

LÉARQUE,à Euphrosine.

Écoute: en peu de mots en voici le portrait. Il est laid; mais, crois-moi, c'est une bagatelle : Un homme est assez beau quand il a l'ame belle ; Et dans le plus bas rang, comme dans le plus haut. Toujours celle d'Ésope a paru sans défaut. Crésus , à qui le ciel fit un si beau partage Qu'une richesse immense est son moindre avantage, Crésus, le plus heureux de tous les potentats, Se repose sur lui du soin de ses états. Dans un poste si haut, à quoi crois-tu qu'il pense? A vivre dans le faste et parmi l'opulence? A bâtir sa maison des dépouilles d'autrui? H sert le roi, le peuple, et ne fait rien pour lui. Au riche comme au pauvre il tâche d'être utile; Et depuis quatre mois qu'il va de ville en ville , 11 enseigne aux petits à faire leur devoir, Et tempère des grands l'impétueux pouvoir. A la droite raison il veut que tout se rende; Qu'en père de son peuple un monarque commande . Et que , mourant plutôt que d'oser le trahir,

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