‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 71 sur 228 · ACTE 1, SCENE I. ii · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE I. ii

Un sujet se restreigue à l'honneur d'obéir. Comme il est dangereux d'être trop véritable, Il se sert du secours que lui prête la table; Et, sous les noms abjects de divers animaux. Applaudit les vertus et reprend les défauts. Quoicpie par bienséance il ne nomme personne , Si l'on ne se counoit, au moins on se soupçonne , Et, par cette industrie, en quelque rang qu'on soit, Il apprend à chacun à faire ce qu'il doit. Voilà sincèrement le portrait de son ame.

DORIS

Que vous seriez, monsieur, un bon peintre de femme ! Vous fardez vos portraits admirablement bien.

LÉARQUE.

Quoi ! ma fille soupire, et ne me répond rien? Un mérite si grand ne la rend point sensible?

EUPHKOSINE.

Mon père , à mon devoir il n'est rien d'impossible ; Mais Ésope est si laid !

LÉARQUE.

.Son esprit est si beau !

La raison sur les yeux doit te mettre un bandeau; Et s'il faut qu'avec toi je m'explique sans feinte. Ce qu'il a de pouvoir me donne un peu de crainte. Par-tout oîi de Crésus s'étendent les états , Il dépose à son gré les mauvais magistrats; <!;hauge les gouverneurs qui, par coups et menaces. Éloignés de la cour, tyrannisent leurs places; Casse les officiers qui , pour faire les fins. Au lieu de cent soldats n'en ont que quatre-vingts,

lo.

ii4 LES FABLES D'ÉSOPE.

Et, de peur que la fraude à la fin ne soit sue, Ont des gens empruntés pour passer en revue; Exclut les conseillers de donner leurs avis, Quand pendant l'audience ils se sont endormis; Bannit les avocats dont l'élégante prose A fart de rendre bonne une méchante cause; Abolit les brelans, ces honteux rendez-vous Où l'on tient une école à dresser des hlous ; Défend aux médecins, que nos maux enrichissent. De prendre de l'argent que de ceux qu'ils guérissent; Enfin dans cet état, de l'un à l'autre bout, Ésope a sans réserve inspection sur tout. Quoique ma probité soit exempte d'atteintes, Peut-être contre moi lui fera-t-ou des plaintes : Gouverneur de 5izique , où mon sort est si doux , Je jouis d'un bonheur qui me fait des jaloux; Et si jusqu'à t' aimer tu pouvois le contraindre, Il fermeroit la bouche à qui voudroit se plaindre. A son appartement je vais voir s'il est jour. Savoir s'il est visible , et lui faire ma cour, Lui marquer par mon zélé et par ma déférence...

Vous n'irez pas bien loin , je le vois qui s'avauce... Quel marmouset !

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