‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 72 sur 228 · ÉSOPE, LÉARQUE, EUPHROSINE, DORIS · texte numérisé non relu

ÉSOPE, LÉARQUE, EUPHROSINE, DORIS

LÉARQUE.

J'allois pour voir votre grandeur, Et savoir...

ESOPE

Doucement , monsieur le gouverneur.

Dans la place où je suis, plus fragile qu'un verre. Je vais à petit bruit, et vole terre à terre : Le terme de grandeur ne fut point fait pour moi.

LÉARQUE.

Eh ! monsieur, c'est un grade acquis à votre emploi. Tous vos prédécesseurs, jusqu'au temps où nous sommes.

ÉSOPE

Tous mes prédécesseurs ont été de grands hommes , Dont le sang, le service, et les hautes vertus, A ne rien déguiser, méritoient encor plus. Pour moi , qu'un sort bizarre a tiré de la boue , Moi de qui pour un temps la fortune se joue , A quoi que ce puisse être où je sois destiné, Je me souviens toujours de ce que je suis né. lia fortune est à craindre où manque la sagesse. Etre aujourd'hui grandeur, et demain petitesse, Garder un long silence après un peu de bruit, c'est le commun destin des grands par cas fortuit. Trêve donc de grandeur pour un homme si mince.

u6 LES FABLES D'ÉSOPE.

léarque.

Et de quoi vous sert donc d'être auprès d'un grand prince. Si les titres d'honneur ne vous entêtent pas? La richesse à vos yeux doit avoir des appas ; Vous êtes dans un poste où vous n'avez qu'à prendre : Tout l'argent de Crésus dans vos mains se vient rendre. Tous ceux qui devant vous remplissoient vos emplois, Quand ils les ont quittés, étoient de petits rois : C'étoit une fortune aussi haute que prompte.

ESOPE

Monsieur le gouverneur, que je vous fasse un conte, Je vous prie.

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