ACTE I, SCENE VII
H Uii faut plus d'un an pour savoir votre style; Et pour les étrangers, à parler fi'auchement. Nul ne peut vous entendre, à moins d'un truchement. Etes-vous mariée ?
HORTENSE
O ciel ! quelle demande !
Puis-je l'être?
ÉSOPE
Eh ! ooi-dà : vous êtes assez grande.
HORTENSE
Quand les gens comme moi veulent se marier. Il leur faut même espèce à qui s'apparier. Voulez-vous qu'un mari dans ses heures brutcdes, Pour transmettre après lui ses vertus animales. Intraduise à la vie un nombre de marmots Qui tiendront de leur père et qui seront des sots?
ÉSOPE
Mais qui voyez-vous donc? car c'est là ma surprise !
HORTENSE
Je me tiens dans ma chambre, où je me tranquillise.
J'aime mieux être seule , et dans l'inaction ,
Que de mésallier ma conversation.
Un discours sans figure est un mets que j'abhorre;
Je veux de l'antithèse ou de la métaphore;
Des mots pleins d'énergie et d'érudition ,
Comme inintelligible , inaffectation :
J'y trouve une beauté presque inimaginable.
Voudriez-vous bien entendre une petite fable , Madame?
laS LES FABLES D'ÉSOPE.
HORTENSE
Volontiers. L'apologue me plait , yuaiid l'application en est juste.
ÉSOPE
Elle l'est.
LE ROSSKÎNOL.
Un rossignol, inquiet et volage, Dont le gazouillement étoit touchant et beau, Ennuyé du même ramage, Voulut en apprendre un nouveau.
Il avoit pour voisine une jeune linotte. Qui d'un Auteur expert recevoit des leçons , Et qui du flageolet imitant tous les sons, Sembloit avoir appris jusqu'à la moindre note.
Le rossignol persuadé Qu'à ses vastes clartés rien u'étoit difficile. Apprit grossièrement un ramage guindé , Et de tous les oiseaux se crut le plus habile. ' Mais sou sort fut si cruel ,
Par sou imprudence extrême, Que, dans ses plus beaux aii's rien n'étant naturel, Dès qu'il vouloit siffler on le siffloit lui-même.
Pour peu qu'à cette fable ou ait d'attention , On ne peut se méprendre a 1 application. Et comme j'aperçois de la mésalliance