‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BaronChapitre 135 sur 288 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

CIDALISE

Eh bien! ma cousine, ce n'est pas un grand Crime.

LrCILE.

Ah! ^Taiment, si vouirentendiez et ma mère et Ce'phise, il n'y a point assez de tourments pour punir une fille qui aime.

CIDALISE

Mais c'est selon, ma cousine ; il y a des amours criminels, dont je ne vous crois point capable.

LU CI LE

Mais quel crime peut-il y avoir d'aimer bien tendrement , de souhaiter d'être incessamment avec la personne qu'on aime, et d'être au de'sespoir de ne le pouvoir pas?...

CIDALISE

Est-ce un homme de qualité?

LU CI LE

Assurément ; on l'appelle monsieur le comte. Mais si vous le voyiez, ma cousine, vous l'aimeriez. Il estpetit, maisil a le meilleur airdumoude, les yeux si beaux ; il chante comme un ange ; il danse qu'on ne peut pas mieux.

Vous lui avez donc parlé?

LUCILE

Fort souvent, ma cousine. Il passoit le soir

3 10 LA COQUETTE ET LA FAUSSE PRUDE, par-dessus la muraille du jardin d'un de ses amis: ce jardin donnoit dans le nôtre ; une demoiselle de ma mère , qu'on a chassée pour cela , le faisoit monter dans sa chambre , et nous causions tous trois toute la nuit.

MARTHON.

Ces pauvres enfants !

LVCILE.

Oh ! Marthon , vous ne savez pas tout ; il a été une fois trois jours au logis à ne vivre que de confitures.

MARTHON.

11 n'en est pas mort ?

LUCILE

J'en serois bien fâchée.

CIDALISE

Mais enfin, de quoi s'agit-il ?

L r CI L E.

Il va venir ici, ma cousine, si vous le trouvez bon. Comme nous ne pouvons plus nous voir chez nous , j'ai cru que vous voudriez bien me faire le plaisir de souffrir qu'il vint ici quelquefois. Je demanderai congé pour aller voir Céphise; je n'y demeurerai qu'un moment , et je viendrai passer quelques heures avec vous et avec lui,

MARTHOX.

La pauvre petite innocente !

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