ACTE II, SCENE VI
CIDALISE
Eh bien! ma cousine, ce n'est pas un grand Crime.
LrCILE.
Ah! ^Taiment, si vouirentendiez et ma mère et Ce'phise, il n'y a point assez de tourments pour punir une fille qui aime.
CIDALISE
Mais c'est selon, ma cousine ; il y a des amours criminels, dont je ne vous crois point capable.
LU CI LE
Mais quel crime peut-il y avoir d'aimer bien tendrement , de souhaiter d'être incessamment avec la personne qu'on aime, et d'être au de'sespoir de ne le pouvoir pas?...
CIDALISE
Est-ce un homme de qualité?
LU CI LE
Assurément ; on l'appelle monsieur le comte. Mais si vous le voyiez, ma cousine, vous l'aimeriez. Il estpetit, maisil a le meilleur airdumoude, les yeux si beaux ; il chante comme un ange ; il danse qu'on ne peut pas mieux.
Vous lui avez donc parlé?
LUCILE
Fort souvent, ma cousine. Il passoit le soir
3 10 LA COQUETTE ET LA FAUSSE PRUDE, par-dessus la muraille du jardin d'un de ses amis: ce jardin donnoit dans le nôtre ; une demoiselle de ma mère , qu'on a chassée pour cela , le faisoit monter dans sa chambre , et nous causions tous trois toute la nuit.
MARTHON.
Ces pauvres enfants !
LVCILE.
Oh ! Marthon , vous ne savez pas tout ; il a été une fois trois jours au logis à ne vivre que de confitures.
MARTHON.
11 n'en est pas mort ?
LUCILE
J'en serois bien fâchée.
CIDALISE
Mais enfin, de quoi s'agit-il ?
L r CI L E.
Il va venir ici, ma cousine, si vous le trouvez bon. Comme nous ne pouvons plus nous voir chez nous , j'ai cru que vous voudriez bien me faire le plaisir de souffrir qu'il vint ici quelquefois. Je demanderai congé pour aller voir Céphise; je n'y demeurerai qu'un moment , et je viendrai passer quelques heures avec vous et avec lui,
MARTHOX.
La pauvre petite innocente !