ACTE II, SCÈNE VII. 2i
CIDALISE
Où va-t-il !
PASQTJIN.
Il ne me l'a point dit , madame.
CIDALISE
Mais qui le fait partir si promptement?
PASQUIX.
Le désespoir où vous l'avez mis ce matin. Franchement, madame , vous en avez usé un peu cavalièrement avec nous. Enfin, rebuté de vos mépris , il s'est jeté dans un carrosse, à ce qu'on m'a dit , car , si j'y avois été, je l'eusse bien empêché d'en rompre les glaces , soit dit par parenthèse. Il est entré chez lui ; il a donné mille coups de bâton à tous ses gens.
Y étois-tu pour lors, Pasquin ?
P ASQUI>'.
Non, Marthon, heureusement : quand je suis arrivé, l'expédition étoit faite. Il est ensuite monté dans sa chambre ; j'y étois pour lors. Ah ! que je suis misérable, a-t-il dit, de m'attachera la plus franche coquette de Paris ! Je ne redis pas fidèlement les paroles, mais c'est le sens toujoui'S. Allons, allons, a-t-il poursuivi , méprisons ceux qui nous méprisent, c'est trop long-temps passer pour une dupe. Je ue vous dis point qu'il assai-
2i4 LA COQUETTE ET LA FAUSSE PRUDE, sonnoit chaque parole de coups de pied contre les fauteuils , d'egratignures au visage ; cela s'en va sans dire. Enfin, madame, lassé de faire le possédé, il est demeuré immobile, la nature a cédé à des efforts si violents , il s'est traîné contre son lit, ses genoux se sont dérobés sous lui, sa tête est tombée sur ses bras.
MARTHOîT.
Il s'est évanoui ?
PASQUIN
Non, Marthon.
CIDALISE
Est-il mort ?
PASQUIN
Non, madame, il s'est endormi.
MARTHON.
Peste soit du maraud !
Après trois bonnes heures , il s'est réveillé en sursaut. Mon cher Pasquin , m'a-t-il dit, allons, partons, courons au bout du monde. Que le même soleil n'éclaire plus deux personnes que leurs inclinations ont si fort séparées. Elle ne jouira plus de mes peines : si je suis assez lâche pour en soupirer, elle n'en triomphera pas du moins, l'ingrate! la perfide ! et cent autres belles épithètes qui convenoient parfaitement au sujet.