ACTE m, SCÈNE V
Pour le gentilhomme dont vous me parlez, je n'ai point d'autre raison à vous donner que le peu d'inclination que j'ai pour lui ; mais pour Eraste, madame, mon oncle seroit bien plus en colère qu'iln'est contre lui, s'il savoit la véritable cause de ses visites.
CÉPRISE.
Je crois qu'il n'en a d'autre que la passion qu'il a pour vous.
Pour moi, madame?
CÉPHISE
Oui , pour vous.
CIDALISE
Vous vous trompez, madame.
CÉPHISE
Je vous avouerai franchement que je ne conçois pas bien l'aversion de mon mari pour Eraste ; car, en vérité, je le trouve assez sage.
CIDALISE
Vous changeriez bientôt de sentiments , madame, si vous saviez comme moi jusqu'où va sa témérité.
CÉPHtSE.
II me semble pourtant que l'on en dit assez de bien.
CIDALISE
Vous n'en penseriez pas, vous dis-je, si vous: pénétriez ce qui se passe dans son cœur.
CÉPHISE.'
Expliquez-vous , ma nièce.
Eh! de quel front, madame, pourrois-je vous dire? Ah!... je frémis seulement d'y penser.
CÉPHISE
Poursuivez, je vous prie.
CIDALISE
Quoi ! j'oserois vous faire entendre qu'il sent pour vous...
CÉPHISE
Continuez, de grâce.
CIDALISE
Je ne puis.
CÉPHISE
Il sent pour moi !... Achevez.
CIDALISE
La passion la plus violente : il se meurt pour vous ; il ne venoit ici que pour vous y trouver.
CÉPHISE
Je ne me suis point aperçue de ce que vous me dites.
CIDALISE
Le respect lui fait étouffer ses soupirs ; il mour-