ACTE I, SCÈNE IT. Sig
Pourquoi tant de détours? Pardonnez-moi, si j'ose...
SIMON, l'interrompant.
Je commencerai donc; et la première chose Dont je veux que par moi tu sois d'abord instruit. C'est que le bruit qui court ici n'est qu'un faux bruit : Ces noces, ce festin, véritables chimères, Dont les préparatifs ne sont qu'imaginaires.
SOSIE
Pourquoi donc?... Excusez ma curiosité.
SIMON
Suis-moi, tu perceras dans cette obscurité.
Quand je t'aurai fait voir mon dessein, ma conduite ^
En quoi tu me seras utile dans la suite ,
D'un stratagème adroit tu connoîtras le fruit :
Tu connoîtras mon fils, ses mœurs; et ce qui suit
Te va donner du fait entière counoissance.
Mais sur-tout ne perds pas la moindre circonstance.
Mon fils donc, qui pour lors avoit près de vingt ans,
Plus libre, commeuçoit à voir les jeunes gens.
Je passe son enfance, où retenu, peut-être.
Par le respect d'un père et la crainte d'un maître.
L'on n'a pu discerner ses inclinations.
SOSIE
C'est bien dit.
SIMON
Je bannis toutes préventions. Ce temps oîi ses pareils ont pour l'académie, Pour la chasse, le jeu, iei bals, la comédie. De ces empressements qu oii ne peut exprimer, Ne fit rien voir en lui que l'on dût réprimer.
33o L'A ND RIEN NE.
il prenoit ces plaisirs avec poids et mesure.
Je m'en applaudissois.
SOSIE
Non à tort, je vous jure.
Ce proverbe, monsieur, sera de tous les temps: « Rien de trop. » Il instruit les petits et les grands.
SIMON.
De la sorte il passoit cet âge difficile, Ne préférant jamais l'agréable à l'utile. A servir ses amis il s'offroit de grand cœur, Pourvu qu'il crût pouvoir le faire avec honneur. Il avoit à leur plaire une douce habitude : Aussi de ses désirs ils faisoieut leur étude. Ainsi donc , sans envie, il attiroit à lui La jeunesse sensée, et si rare aujourd'hui.
SOSI E.
On appelle cela marcher avec sagesse.
A son âge savoir que la vérité blesse. Et que la complaisance attire des amis, C'est d'an excellent père être le digne fils.
SIMOX.
Environ vers ce temps une femme andrienne Vint prendre une maison assez près de la mienne. Sans parents, sans amis, peu riche; c'est ainsi Qu'elle partit d'Andros pour s'établir ici. Elle étoit encor jeune et passablement belle
SOSIE
L'Andrienne commence à me mettre en cervelle.
Vivant pour lors sans bien et sans ambition j