‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BaronChapitre 213 sur 288 · ACTE I, SCÈNE II. 63t · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. 63t

Coudre et filer faisoit son occupation.

Le travail de ses mains, de son fil, de sa laine,

A ses besoins pressants ne suffisoit qu'à peine.

On publioit par-tout sa vertu, sa pudeur :

Tout ce qu'on m'en disoit me perçoit jusqu'au ccpur;

Et je cherchois déjà comment je pourrois faire

Pour soulager, sous main , l'excès de sa misère.

Mais sitôt qu'à ses yeux brillèrent les amants ,

Elle ne garda plus tant de ménagements.

Comme l'esprit, toujours ennemi de la peine,

Se porte du travail où le plaisir le mène,

Elle donna chez elle à jouer nuit et jour.

Parmi les jeunes gens qui lui faisoient la cour,

Ceux qui pour la servir montroient le plus de zèle

Obligèrent mon fils à l'aller voir chez elle.

Sitôt que je le sus, en moi-même je dis :

Pour le coup, c'en est fait; on le tient , il est pris.

J'attendois le matin leurs valets au passage,

Qui, tour-à-tour, rôdoient dans tout le voisinage.

J'en appelois quelqu'un. Je lui disois : Mon fils.

Nomme-moi tous les gens qui sont avec Chrysis.

Chrysis est proprement le nom de l'héroïne.

SOSIE

■\h ' je n'entends que trop ! je fais plus , je devine.

SIMON"

Je ne me souviens plus moi-même où j'en étois.

SOSIE

Vous appeliez...

SIMON, l'interrompant.

J'y suis. Je priois, promettois.

Phèdre, me disoit l'un, Mcérate, Clinie,

Ces jeunes gens, tous trois, l'aimoient plus que leur vie.

Et Pamphile? Pamphile, assis près d'un grand feu,

Par complaisance attend qu'on ait fini le jeu.

Je m'en réjouissois. Les jours suivants sans cesse

Je revenois ver^ eux et leur faisois largesse.

Pour savoir comme en tout mou fils se conduisoit.

Je n'eusse osé penser le bien qu'on m'en disoit.

Plusieurs fois, éprouvé de la même manière,

Je crus pouvoir en lui prendre assurance entière;

Car celui qui s'expose et qui revient vainqueur

Gagne la confiauce et s'attire le cœur.

D'ailleurs, de tous cotés, je dis le plus farouche,

N'osoit sans le louer même en ouvrir la bouche :

D'une commune voix j'eutendois mes amis

Qui me félicitoient d'avoir un si bon fils.

Que te dirois-je enfin? Chrêmes, rempli de zélé,

Me vient offrir sa fille et son bien avec elle ;

Pour épouser mon fils, au moins, cela s'entend.

J'approuve , je promets, et ce jour-ci se prend.

sosi E.

A leur bonheur, commun quel obstacle s'oppose ?

SIMON

Patience : un moment t'instruira de la chose. Lorsque Chrêmes et moi nous mettions tout d'accord, De Chrysis, tout-à-coup, nous apprenons la mort.

SOSIE

Où qu'elle soit, monsieur, pour dieu, qu'elle s'y tienne! Je n'ai jamais rien craint tant que cette Andrieune.

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