ACTE I, SCÈNE VIII
Tantôt j'écoute un père, et tantôt mon amour. Ce père me chérit, l'abuserai -je encore? Faut-il abandonner la beauté que j'adore? Hélas! que faire? hélas! de quel côté tourner?
Misis, à part.
Il est temps de combattre, et non de s'étonner. Il faut absolument qu'il parle à ma maîtresse : Tout le veut; son repos, son honneur, sa tendresse. Tandis que son esprit ne sait où s'incliner, Parlons, pressons : un mot peut le déterminer, p A M p H I L E , apercevant Misis , qui se rapproche de lui. Qu'enteuds-je!... C'est Misis.
MlSIS.
Hélas ! c'est elle-même.
PAMPHILE
Que dit-elle?... Prends part à ma douleur extrême... Que fait-elle?... Réponds.
MISIS.
Me le demandez-vous? Du plus cruel destin elle ressent les coups. Le bruit qui se répand d'un fatal hyménée. Malgré tous vos serments, malgré la foi donnée... Elle craint, en uu mot, que ce funeste jour A son fidèle cœur n'arrache votre amour.
PAMPHILE
Ciel! puis-je le penser? quel soupçon l'a frappée? Ah! malheureux! c'est moi qui l'aurois donc trompée' Je l'abandonuerois, au mépris de ma foi, Elle qui n'attend rien que du ciel et de moi? •Veiposerois ses mœurs, sa vertu non commune ,
Aux bizarres rigueurs d'une injuste fortune?
Cela ne sera point.
MTSIS.
Elle ne doute pas Que, s'il dépend de vous, Pamphile... Mais, hélas! Si l'on vous y contraint ?
PAMPHILE
Je serois assez lâche Pour rompre, pour briser la chaîne qui m'attache?
MISI5.
Elle mérite bien que vous vous souveniez
Que les mêmes serments tous deux vous ont liés.
PAMPHILE
si je m'en souviendrai 1 qui? moi?... toufe ma vie.
Ce que me dit Chrysis, parlant de Gliccrie,
Occupe incessamment mon esprit et mon cœur.
Mourante, elle m'appelle ; et moi, plein de douleur,
J'avance. Vous étiez dans la chambre prochaine.
Et pour lors, d'une voix qui ne sortoit qu'à peine,
Elle me dit: (Misis, j'en verse encor des pleurs! )
« Elle est jeune , elle est belle , elle est sage , et je meurs.
« Pour conserver son bien que peut-elle à cet âge?
« La beauté pour ses mœurs est un triste avantage.
«Je vous conjure donc, par sa main que je tiens,
« Par la foi, par l'honneur, par mes pleurs, par les siens
« Par ce dernier moment qui va finir ma vie ,
«De ne vous séparer jamais de Glicérie !
«Pamphile, quand j'ai cru trouver un frère en vou»,
« L'aimable Glicérie y crut voir un époux;
« Et depuis tous ses soins n'ont tendu qu'à vous plaire.