SCÈNE I
ÉRASTE,XÉONOR, MARTHON.
M A p. T n o >■ , rt Éraste.
Allez, allez, ne craignez plus rien; Lucinde commence à ouvrir les yeux: notre homme sera bientôt pris, je vous en reponds.
KRASTE.
Je crains plus que jamais.
L É o >■ o R , rt Marthon.
Franchement, j'ai de la peine à me persuader que ce que tu as imaginé re'ussisse ; tout ce qui s'est passe' le rendra peut-être sage.
MARTHOK.
Lui? cela le rendra cent fois plus fou, je vous en réponds. Vou> vous connoissez bien mal en caractère. Il compte, à l'heure où je vous parle, qu'il feroit croire à Lucinde que ce qui est blanc est noir. L' expérience qu'il en a ne seiTira qu'à
le rendre plus téméraire. Vous verrez si je ne me eonnois pas bien en gens.
ÉRASTF.
Si tu peux me rendre heureux par ton adresse, crois que...
M A R T H o >' , l'in ten'ompant.
Tenez, ne m'ayez point d'obli^.alion de tout ce que j'entrejireiHl-s. Jele fais parceque je veux bien le faire ; c'est une pente naturelle qui me porte à desservir tous ces petits animaux-là, dont tout le mérite n'est presque toujours que dans de certaines manières affectées, qui font mal au cœur : un reyard languissant, un sucement de lèvres, tirer son bas , peigner sa perruque, et répondre par un soupir aux choses qu'ils n'ont pas seulement écoutées. Ah î que si toutes les femmes étoient de mon goût... J'enrage quand je songe à cela; car il est vrai qu'ils font déserter tous les jours de bien plus honnêtes gens qu'eux. Eli! pourquoi? Je n'en sais rien. Un diable de jargon qu'ils ont entre eux , qui me fait mourir; des serments, cent minauderies... Ah î h! n'en parlons plus ; cela me mettroit en colère tout de bon.
ÉR.\STE
Ton homme est-il averti?
MARTHON.
îl est instruit de ce qu'il faut faire.
loo L'HOMME A BONNE FORTUNE.
LÉO s OR.
N'est-il point homme à se laisser gagner par de l'argent ?
Oh! de cela, je ne puis vous rien dire. Je ne sais si la médiocrité de ses richesses et le désir naturel que les hommes ont d'en acquérir ne l'emporteront point sur une probité mal éprouvée, ^lals il y a un remède à cela. Promettez -lui dele récompenser, en cas seulement que l'affaire aille bien ; et vous verrez qu'il en fera la sienne.
ÉRASTE
Oh! de cela, Marthon, il peut bien s'assurer. Où est-il ?
MARTHON.
Il attend dans le Palais-Royal qu on l'envoie chercher.
ÉRASTE
J'y vais moi-même.
MARTHON.
Vous ferez bien.
( Éraste sort. )