‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Barthe, Goldoni, et DoratChapitre 140 sur 214 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

MADAME DALANCOUR.

Je tremble. [Elle lit.) «Tout est perdu, monu sieur; les créanciers n'ont pas voulu signer. La K sentence vient d'être confirmée; elle vous sera <c signifiée. Prenez-y garde, il y a prise de corps.» Ah ! qu'ai-je lu ? Que viens-je d'apprendre ? Mon mari... endetté... en danger de perdre la liberté!... Mais... comment cela se peut -il? point de j(!U... point de sociétés dangereuses... point de tastc... pour lui .. Seroit- ce pour moi? Ah dieu! (juclle lumiore affreuse vient m'éclairer. Les re-

312 LE BOUHKU BIENFAISANT,

proches d'Ahjjélique, cette haine de monsieur Géronte , ce mépris qu'il a toujours marqué pour moi... Le voile se déchire. Je vois la faute de mon mari, je vois la mienne. Son trop d'amour l'a séduit, mon inexpérience m'a aveuglée. Dalancour est coupable, et je le suis peut-être autant que lui... Mais quel remède à cette cruelle situation? Son oncle seul... oui, son oncle pourroit y remédier... Mais Dalancour seroit-il en état, dans ce moment d'abattement et de chagrin?... Eh! si j'en suis la cause... involontaire... pourquoi n'irois-je pas moi-même? Oui, quand je devrois me jeter à ses pieds... Mais, avec ce caractère âpre, intraitable, puis-je me Hatter de le fléchir?... Irai-je m'exposer à ses duretés?. . . Ah! qu'importe? que sont toutes les humiliations auprès de l'état affreux de mon mari? Oui, j'y cours ; cette seule idée doit me donner du courage.

( Elle veut s'en aller du côté de l' appartement de M. Géronte.)

Page 1