‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Barthe, Goldoni, et DoratChapitre 16 sur 214 · SCÈNE VL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL

Vos discours, pleins d'esprit, amusent, intéressent :

Mais à d'autres qu'à moi tous vos discours s'adressent.

Mondor, à vos côtés , d'un air mystérieux,

Vous tient de sots propos, vous cache à tous les yeux;

Vous ne soupçonnez point que ce fat-là m'ennuie.

On parle enfin d'un wisk; il fait votre partie :

J'en fais une autre, moi, loiu de vous, et comment?

Je suis distrait; je perds; je joue horriblement;

On me gronde ; on se plaint : \ otis éclatez de rire ,

Et vous et votre fat.

ANGÉLIQUE

J'ai ri ; mais je puis dire Que je n'étois pas seule.

DOUMILLI.

Eh ! vraiment , je le croi.

C'est que personne n'aime, ou n'aime comme moi; C'est qu'ils ne sentent poin t; c'est qu'ils n'ont pas mon ame. J'extravague en effet; car je veux qu'une femme N'ait pas l'ambition... de plaire... au monde entier.

Voilà comme un jaloux sait se justifier.

Ah! dût-il m'en coûter l'effort le plus pénible,

Je dois pour vous, monsieur, cesser d'être sensible.

A votre folle humeur il faut m'assiijettir.

Je ne puis, ni marcher, ni m'asseoir, ni sortir.

Ni parler, ni me taire. On me donne une lettre;

C'est celle d'un rival qu'on vient de me remettre.

Je danse avec quelqu'un , vous rêvez tristement.

Me voyez-vous parée, ah ! c'est pour un amant.

Ai-je fait à Mondor de simples politesses,

On met, sans le savoir, mon éventail en pièces. J'aimerois cent fois mieux un coeur indifférent ; Devenu mon époux , vous seriez mon tyran.

DOKMILH.

Votre tyran ! Jamais. Quelle crainte cruelle ! N'auriez- vous pas alors juré d'être fidèle?

A NGÉLIQUE.

Je crains que pour s'unir nos cœurs ne soient pas faits.

DORMIL LI.

Eh ! sans mon fol amour, que je vous hairois ! Vous saurez à la fin me faire aimer Julie : Elle m'aime; et pour moi vous l'avez embellie. Elle ne me voit point ces travers odieux : Ayant un autre cœur, Julie a d'autres yeux.

ANGÉLIQUE, auec dépit.

Eh bien! monsieur, volez; fixez-vous auprès d'elle.

DORMILLI.

Oui, je vais l'adorer... l'aimer... mademoiselle. Je vais vous obéir. Mais, du moins, nommez-moi Celui qui m'a ravi votre cœur.

ANGÉLIQUE, souriant.

Et pourquoi Faut-il vous le nommer?

DOR.MILLI.

Qu'il tremble pour sa vie.

ANGÉLIQUE

Ciel ! encor des fureurs? Il faut que l'on vous fuie.

DORMILLI, la suivant.

Fuyez-moi, j'y consens, je ne vous cherche plus. Que m'importe un rival , son nom , et vos refus?

SCÈINE vn.

DORMILLI.

C'est ici qu'un jaloux anroit lîien droit de l'être.

( Mnndor parnit.) Mais quel est ce rival? Je l'aperçois peut-être... C'est lui: précisément je le trouve aujourd'hui Deux fois plus fat eiicor et plus content de lui.

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