‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Barthe, Goldoni, et DoratChapitre 174 sur 214 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Avec son air tranquille et son ton mesuré. Non , depuis sa reforme , il n'est plus à mou gré ; J'en suis tâché pour lui.

DOHINE.

Tu n'es pas à connoître De quels graves motifs sa réforme a pu naître?

GERMAIN

Mais... j'en fixe l'époque au goût très singulier

Que pour certaine femme il eut l'hiver dernier.

C'étoit un vrai lutin, ne voulant que séduire.

Attirant avec art , dans l'espoir d'éconduire.

Bien parjure, bien gai, de tout faisant un jeu :

Il alla brusquement l'étourdir d'un aveu;

La dame s'en moqua, prit son vol de plus belle;

Et voilà vingt amants attroupés autour d'elle.

Le dépit, la fureur, la plainte étoit son lot;

Bref, l'amour cette fois n'en avoit fait qu'un sot.

Depuis cet accident, il a juré sans doute.

Voulant un autre sort, de prendre une autre route ,

D'élaguer les soupirs, les protestations,

Et d'être moins alerte en déclarations.

Quelque amoureux qu'on soit, Dorine, Dieu sait comme

Quatre mois de rigueur découragent un homme I

DORINE

C'est ce qui m'a semblé.

GERMAIN

Malgré son cbangenuMit, Mélise l'aime enfin... assez passablement.

DORINE

Tu crois ci'l;i?

GERMAIN

Très fort.

DORIME.

Va , va, pure chimère.

GERMAIN

Point.

Allons ; à vingt ans on n'aspire qu'à plaire. Veuve d'un pédagogue, appelé son mari, Elle a pris dans le monde un maintien aguerri; Et, de la liberté connoissanî l'avantage, Elle ne voudra plus tàter de l'esclavage. D'honneur! l'indépendance est un état charmant. Les veilles, le spectacle, et les goûts du moment. Et la coquetterie à toute heure excitée. Et le renom flatteur d'une femme citée, Voilà ce qui l'enivre!. . à quelques humeurs près, Qui depuis plusieurs jours ont voilé ses attraits. Fière d'accumuler conquête sur conquête.

Fort légère, un peu folle, et pourtant très honnête, Son unique désir, crois-moi, c'est de charmer: Nous vous laissons le soin et l'embarras d'aimer. Mais aussi, qu'un amant à mots couverts s'explique, Qu'il élude l'aveu... ma foi, cela nous pique. Vous entendre gémir et soupirer vos feux, Moi , c'est là dans l'amour ce que j'aime le mieux : Un aveu réjouit... un soupir intéresse.

GERMAIN

.ie suis tout stupéfait de ta délicatesse !

:ûon maître cependant, Mélise en conviendra,

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