ACTE I, SCÈNE I
Avec son air tranquille et son ton mesuré. Non , depuis sa reforme , il n'est plus à mou gré ; J'en suis tâché pour lui.
DOHINE.
Tu n'es pas à connoître De quels graves motifs sa réforme a pu naître?
GERMAIN
Mais... j'en fixe l'époque au goût très singulier
Que pour certaine femme il eut l'hiver dernier.
C'étoit un vrai lutin, ne voulant que séduire.
Attirant avec art , dans l'espoir d'éconduire.
Bien parjure, bien gai, de tout faisant un jeu :
Il alla brusquement l'étourdir d'un aveu;
La dame s'en moqua, prit son vol de plus belle;
Et voilà vingt amants attroupés autour d'elle.
Le dépit, la fureur, la plainte étoit son lot;
Bref, l'amour cette fois n'en avoit fait qu'un sot.
Depuis cet accident, il a juré sans doute.
Voulant un autre sort, de prendre une autre route ,
D'élaguer les soupirs, les protestations,
Et d'être moins alerte en déclarations.
Quelque amoureux qu'on soit, Dorine, Dieu sait comme
Quatre mois de rigueur découragent un homme I
DORINE
C'est ce qui m'a semblé.
GERMAIN
Malgré son cbangenuMit, Mélise l'aime enfin... assez passablement.
DORINE
Tu crois ci'l;i?
GERMAIN
Très fort.
DORIME.
Va , va, pure chimère.
GERMAIN
Point.
Allons ; à vingt ans on n'aspire qu'à plaire. Veuve d'un pédagogue, appelé son mari, Elle a pris dans le monde un maintien aguerri; Et, de la liberté connoissanî l'avantage, Elle ne voudra plus tàter de l'esclavage. D'honneur! l'indépendance est un état charmant. Les veilles, le spectacle, et les goûts du moment. Et la coquetterie à toute heure excitée. Et le renom flatteur d'une femme citée, Voilà ce qui l'enivre!. . à quelques humeurs près, Qui depuis plusieurs jours ont voilé ses attraits. Fière d'accumuler conquête sur conquête.
Fort légère, un peu folle, et pourtant très honnête, Son unique désir, crois-moi, c'est de charmer: Nous vous laissons le soin et l'embarras d'aimer. Mais aussi, qu'un amant à mots couverts s'explique, Qu'il élude l'aveu... ma foi, cela nous pique. Vous entendre gémir et soupirer vos feux, Moi , c'est là dans l'amour ce que j'aime le mieux : Un aveu réjouit... un soupir intéresse.
GERMAIN
.ie suis tout stupéfait de ta délicatesse !
:ûon maître cependant, Mélise en conviendra,