ACTE I, SCENE I
Peut tourner une tête alors qu'il le voudra ; Et j'ai, moi qui te parle, adopté son système : Ou se fait mieux aimer, ne disant pas qu'on aime. J'ai donné dans le piège où lui-même il fut pris : Eh bien ! c'étoit l'enfer, et mépris sur mépris. Tu n'imagines pas, pour les plus minces charmes, Ce qu'il m'en a coûté de soupirs et de larmes; C'est une conscience !... Il faut changer cela. Et faire un peu la loi.
DORINE
J'aime ce projet-là.
GERMAIN
Qu'il me vienne à présent quelque adroite soubrette, Je vous la mené un train !...
DORINE
Oai-dà?
GERMAIN
J'ai la recette. Eh! ne valons-nous pas ton sublime marquis. Par sa frivolité connu d.ins tout Paris, Étourdi s'il en fut, grand conteur de sornettes. Et trop distrait sur-tout pour acquitter ses dettes? Mélise franchement...
DORINE
Dis ce qu'il te plcdra , Nous savons mieux que toi tous les talents qu'il a. Il doit, il se ruine?
GERMAIN
On le dit. ^
a66 LA FEINTE PAR AMOUR.
DORINE
Bagatelle.
Il subvient à propos aux langueurs de mon zélé, Donne sans trop compter, et va toujours semant; Ce qui mène une intrigue et distingue un amant.
GERMAIN
Comme il \oudroit enfin avancer ses affaires, N'a-t-il pas depuis peu doublé tes honoraires? Il a craint les langueurs... N'importe, malgré toi. Votre bon oncle est fou de Damis et de moi.
DORINE
Il est vrai que Damis aujourd'hui s'en empare.
GERMAIN
Il nous a proposé sa nièce.
DORINE
Le barbare !
Ne me parle jamais de ce vieux éventé, c'est le dernier qu'il voit dont il est entêté; Ce qu'il veut le matin, le soir peut lui déplaire; Et, lassé de ton maître, il voudra s'en défaire: Tête vague , esprit foible, et sans le moindre plan. Ne fut-il pas jadi.s apprenti courtisan? Je riois de le voir, dans son humeur caustique , S'ériger en penseur, trancher du politique; Affectant tous les airs, et n'en ayant aucun , Il se croyoit utile, et ii'étoit qu'importun. Ce ton a disparu ; maintenant c'est un autre. Il est peut-être bon ; mais ce n'est jias le nôtre... On entre ; c'est Damis... il a l'air de rêver.